Un peu, beaucoup, la vie

29 janvier au 23 mars 2014

Sarah Mei Herman : Le Château d’Eau présente les séries « Julian and Jonathan » du 29 janvier au 23 mars 2014. Sarah Mei Herman développe un travail de portraitiste . Mais sachant qu’il est vain de croire qu’une seule image serait capable de résumer une personne en figeant sa supposée meilleure expression, elle photographie ses modèles à intervalles sur de longues périodes. Ces corpus montrant les évolutions physiques, les changements de goûts vestimentaires, traduisent peut-être mieux la personnalité des hommes ou des femmes qui se sont confiées à elle.
Ainsi, depuis 2005, photographiant son père et son jeune frère, séparément ou ensemble, elle nous parle de l’amour entre ces deux êtres. Mais son corpus révèle aussi les attentes de l’un et les moments d’interrogations de l’autre, les gestes d’attachement profond comme les instants flottants.

Sarah Mei Herman est née en 1980. Elle vit et travaille aux Pays-Bas.

http://www.sarahmeiherman.nl/

Ana Galan : Le Château d’Eau présente la série « V i v (r) e l a v i e » du 29 janvier au 23 mars 2014. Ces couples d’un certain âge sont des gens peu visibles, qui n’ont pas renoncé pour autant à vivre pleinement. Ils ont été photographiés dans des thés dansants organisés dans leur ville ou leur village. L’ambition d’Ana Galán est de redonner de la visibilité à ces personnes, dans un même temps ses images documentent la diversité culturelle entre différentes villes et différents pays. Mais surtout, en saisissant l’intensité des regards échangés, elle témoigne de l’affection qui s’ancre au cours du temps qui passe.

J’ai toujours eu l’impression qu’arrivant à un certain âge on devient invisibles, par rapport à nous même et par rapport au reste.
Le projet V i v ( r ) e l a V i e ! constitue une série photographique « en cours », avec des photographies de couples de profil sur un fond de paysage en perspective, et se veut un hommage à toute personne que décide de ne pas être invisible, aux gens qui vivent le moment. Entourés des amis, maris et femmes, familiers, copains et copines…
Viv(r)e la Vie ! est une typologie photographique de couples qui se réunissent pour danser. Photographies des couples de profil sur un fond de paysage de conifères représentant le pouvoir de la force vitale, de l’immortalité.Ces couples d’un certain âge sont des gens peu visibles, qui n’ont pas renoncé pour autant à vivre pleinement. Leur relation étroite est dépeinte à travers les thés dansants organisés dans leurs communes. Ces photographies rendent visibles des gens qui ne le sont plus depuis un certain temps et documentent dans le même temps la diversité culturelle entre différentes villes et différents pays. J’ai commencé la série à Guadalajara, en Espagne, dans l’idée de réaliser de nouvelles séries de 10 couples dans différentes villes du monde. J’ai réalisée la deuxième série de Viv(r)e la Vie ! dans la ville américaine de Philadelphie, grâce à une résidence offerte par le Philadelphia Art Hotel, et la troisième série en Finlande en juin 2012 grâce à une résidence offerte par Arteles Creative Center. La quatrième série a été fait en Philippines en novembre 2012 grâce à une résidence offerte par le Balay Kalamragan AIR program.
Ce projet est une ode à la vie. À vivre la vie pleinement, aux personnes d’âge mûr qui restent actives. Ana Galan

http://www.anagalanphoto.com/

Arno Brignon : Le Château d’Eau présente la série « Joséphine » du 29 janvier au 23 mars 2014.
« Menteuse par omission la photo de famille n’est conviée que pour ces bons moments qu’elle transforme en bons souvenirs » écrivait le regretté Pierre Bourdieu à propos de cette pratique photographique ô combien formatée consistant à tenir le journal, l’album de l’enfant dès son irruption de « l’origine du monde ». Dans cet univers là, fait d’évidences, tranquille comme un long fleuve, pas d’autre mise en pages possibles que celle de ces émouvants clichés sur lesquels père et mère regardent avec tendresse leur progéniture qui gazouille et sourit à l’objectif.
Et c’est tout l’intérêt, du travail d’Arno Brignon , ce nouveau père mais déjà photographe affirmé que de s’interroger sur la possibilité de faire œuvre avec ce moment , si fort, mais si banal au fond, de son existence de papa, de photographe, de papa-photographe..
Car comme artiste il sait très bien qu’on ne fait pas de bonne littérature avec de bons sentiments. Qu’on ne fait pas plus de bonne photographie sans maintenir ses émotions à bonne distance focale.
Et c’est donc , non pas sur le mode (fièrement) affirmatif de sa paternité qu’il nous livre ces images, mais sur celui , plus interrogatif, de sa place dans cette étrange histoire d’amour à deux qui, d’un seul coup d’un seul, s’est transformée en figure triangulaire : celle de sa femme, devenue maman, qui porte, joue, baigne, danse , nourrit, couche (avec) l’enfant (et lui tourne le dos, à lui, son homme), d’une petite fille, Joséphine, qui regarde sans vraiment voir, se pose là (sans poser encore), et lui la tierce personne qui derrière le masque de son appareil a du mal à trouver sa place, à faire le point sur l’objet de son désir..
L’art d’Arno Brignon c’est de réussir à traduire photographiquement cette question de la place du père, beaucoup plus complexe, plus ambiguë qu’il n’y parait ! C’est pourquoi le flou ici, qu’il soit de mise au point, de bougé, ou de matière, n‘a rien d’un effet esthétique gratuit .Il dit fortement ce trouble qui s’empare du géniteur quand il se trouve confronté à la présence, au regard de ce qu’il a participé à mettre au monde. Les décadrages, les basculements de champ, les regards qui coulissent de Joséphine, aux présences et objets qui l’entourent, du centre vers la périphérie, du dehors vers le dedans disent bien cette forme d’inquiétude du père et que le photographe traduit en une sorte d’errance visuelle. Quant aux couleurs de cet album , nous sommes très loin des doux pastels qui du bleu au rose nous bercent d’illusions. Ici violente sont les oppositions du vert au jaune, de l’orange au mauve, et de ces rouges qui font tâches jusque dans l’eau du bain… Non le monde d’Arno Brignon n’est pas tranquille, il a cette inquiétante étrangeté chère à André Breton mais il est beau comme la rencontre fortuite sur une table à langer de deux regards qui se cherchent , deux êtres qui s’en-visagent à tâtons et que le temps finira par révéler.
Dominique Roux

Arno Brignon est né en 1976 à Paris.
Diplômé de l’ETPA (Gd Prix du Jury) en 2010,
Rejoint l’agence Signatures, Maison de photographes en 2013
Animateur aux ateliers de Photographies St Cyprien depuis 2010
Quitte le métier d’éducateur en 2010, naissance de Joséphine en 2009

http://www.arno-brignon.fr/