Maurice Tabard

Né à Lyon le 12 Juillet 1897, Maurice TABARD est le style même du photographe racé, cultivé, extrêmement intériorisé des années trente. Il travaille pour la mode et la publicité dans de nombreuses revues (Jardins des Modes, Marie-Claire, Album du Figaro…) Très vite, il acquiert une flatteuse réputation dans le Paris bouillonnant de ces années folles. Indépendant et isolé, hors des modes et des chapelles, multipliant les séjours aux USA, n’adhérant ainsi ni à l’Ancien ni au Nouveau Monde, TABARD risquait fort par sa discrétion de rester à tout jamais méconnu si quelques amis comme Pierre GASSMANN ou Roméo MARTINEZ n’avaient su forcer le vieil homme à les aider à faire ressurgir, peu de temps avant sa disparition en 1984, une oeuvre de près d’un demi siècle dont les caractéristiques essentielles sont l’originalité, la vitalité et l’exigence permanente. Le dynamisme de ses photographies de mode qu’il est l’un des premiers à avoir fait descendre dans la rue, la qualité technique de ses réalisations publicitaires vont rapidement faire de lui l’un des photographes les plus marquants de son époque, un grand professeur à l’âme d’amateur. En avance sur son temps peut-être, TABARD est surtout à l’écoute de son temps. Au tréfonds de son laboratoire, et en dehors de son travail de pure commande, alternant déformations et rencontres imprévues, il crée des images étonnantes aux parfums surréalistes qui font place aux rêves et aux fantasmes. Constructions géométriques, photogrammes, inversions, surimpressions, TABARD joue de toute la technique pour découvrir l’invisible, l’irréel. Comme MAN RAY ou MOHOLY NAGY, il va utiliser la technique du photogramme pour capter sur la feuille sensible, des empreintes irréelles et spectrales. Comme les dadaïstes ou les surréalistes, il va utiliser les surimpressions pour créer des images qui possèdent une ambiguïté et un merveilleux qui alimentent les possibilités de rêve du lecteur, lui offrant ce que BRETON appelait un sens de la vie différent ». Sous une lumière cinématographique et violemment expressionniste, objets et visages deviennent ici de simples, éléments de compositions d’où, par les combinaisons de négatifs, jaillissent d’autres significations souvent symboliques. Pour s’offrir une possibilité créatrice supplémentaire, TABARD va également redécouvrir, vers 1927, un procédé que MAN RAY tenait à garder secret : la solarisation, qu’il va appliquer méthodiquement pour réaliser des images singulières où rêve et réalité n&#8217
interfèrent. Homme d’image au talent indéniable et par ailleurs auteur d’un énorme travail théorique d’analyse esthétique, toujours inédit, Maurice TABARD, l’un des créateurs les plus solitaires qui soit, reste dans l’histoire comme l’un de ceux qui ont fait éclater les limites du domaine photographique grâce à une curiosité permanente et à un sens de l’invention étonnant. Un personnage que nous redécouvrons et qui, tout au long de sa vie, nous a enseigné que pour apprendre à voir « il faut regarder… mais bien regarder ». Jean-Claude GAUTRAND  »
1988-10-01 14:37:00