Coup de ♥ Livres – Susan Meiselas, Médiations

Ouvrage publié à l’occasion de la rétrospective consacrée à la photographe américaine Susan Meiselas qui réunit une sélection d’œuvres des années 1970 à nos jours. Exposition présentée au Jeu de Paume à Paris jusqu’au 20 mai, puis à San Francisco cet été.

 

La photographe américaine fait l’objet de plusieurs éditions en France.

Après « En première ligne » chez Xavier Barral, voici le livre Médiations au Jeu de Paume à l’occasion de l’exposition éponyme.

Né en 1948 aux Etats-Unis, membre de Magnum Photos depuis plus de 40 ans, Susan Meiselas est une figure majeure de la photographie documentaire, dont la rare force de l’œuvre évoque peut-être celle d’une Lettizia Bataglia.

L’image et son contexte, la photographie comme média, la collecte de témoignages, l’inscription de la mémoire dans les lieux et dans le temps. Dans les pas d’Allan Sekula, elle interroge fortement l’héritage de la photographie documentaire, et par ricochet du photojournalisme, et refuse de se laisser enfermer dans les « frontières » d’une photographie qui dépouillerait ses « sujets ».

Elle couvre sur des années, fréquemment 15 à 20 ans, des « dits » conflits pour les uns, révolutions pour d’autres, Nicaragua, Salvador, Kurdistan, cherchant à donner à voir les groupes sociaux, les histoires collectives au-delà des portraits des individus (le « gang de fillettes » de Prince Street, les stripteaseuses de Carnival Strippers..).

Susan Meiselas cherche à témoigner par tous les moyens, en orientant sa pratique photographique vers le multimédia, l’installation, l’utilisation d’archives, de documents « vernaculaires » (rapports de police comme « preuve » de violences domestiques invisibles à la société), de collages de témoignages audio, etc..

L’œuvre de Susan Meiselas est un essai vivant pour penser la photographie dans sa capacité à dire la complexité de l’histoire qui se construit, des histoires qui se nouent et à nous faire rencontrer quelques moments de vérité. Une honnêteté radicale, une posture se refusant à « exécuter » des portraits qui permet de ressourcer l’acte photographie comme échange (à qui s’adresse la photographie prise ?), la photographie comme medium.

Le livre offre un regard en perspective sur cette œuvre riche, étayée par plusieurs textes réflexifs, d’intéressantes vues d’exposition et donne joliment à voir les couvertures de quelques-uns de ces carnets, dévoilant  par là même un peu du quotidien de création de l’auteure.

L’exposition est à voir à Paris jusqu’au 20 mai 2018, le livre Médiations est à consulter au Centre du documentation du Château d’Eau, à Toulouse.

E.Lacanal