Benoît Luisière

Benoit Luisière

«Les dimanches sont conformes, les écarts ordinaires»
30 juin au 18 septembre 2016

Benoît Luisière a pour habitude de faire dans le banal, l’anodin, l’anonyme, c’est là qu’il trouve sa matière créative.

Ainsi, doucement, humblement, sans tapage, cet artiste Midi-Pyrénéen construit, série après série, une œuvre semblant faite de bric et de broc mais qui nous touche de tout son humour, sa sensibilité et sa pertinence intellectuelle.
L’exposition organisée par le Château d’Eau est l’occasion de croiser pour la première fois plusieurs des ensembles de cet artiste pour en tisser le lien de la cohérence.

Luisière aime les photographies sans qualité, dites «pauvres». Deux grandes parties se développent, autonomes et pourtant se faisant écho, chacune composée de plusieurs ensembles. L’une est l’observation du monde des périphéries d’un regard simple et amusé, l’autre est le détournement des albums de famille ou de la photographie trouvée.
De façon récurrente, au fil des jours, dans le chaos du réel, son œil est attiré par des objets anodins et saugrenus, comme des banderoles de réclames, une jardinière municipale oubliée sur un trottoir sans charme, un panneau de signalisation solitaire. Ramassés de façon désordonnée, selon les trouvailles du jour, ces clichés trouvent par la suite leurs places dans l’un des différents ensembles dont les titres sont des sortes de clin d’œil. Par ces accumulations et ces rapprochements, presque par inadvertance, il souligne ce monde dérisoire et bancal dans lequel pourtant nous vivons.
Parallèlement, il développe un second grand axe, jouant toujours avec des signes de la culture populaire. Pour alimenter sa démarche, il scrute des albums de familles, la sienne et d’autres anonymes, et collecte des photos rudimentaires ou absurdes sur Internet. «Leur maladresse dévoile sans artifice ni détours les intentions des protagonistes du rituel photographique : composer une fiction par petits mensonges consentis», dit-il. Alors, il se réapproprie les images de différentes manières, comme dans l’ensemble « Trophées » par exemple, adoptant expressions, lumières et qualités de matière photographique, il prend l’apparence des principaux protagonistes avant d’installer par collage son visage à la place de celui des autres. L’individu s’efface derrière le masque et les images perdent leur singularité pour gagner leur dimension universelle.
Continuant à explorer la photographie familiale, Luisière use de la forme ordinaire de celle-là pour réaliser, depuis récemment, un nouveau corpus en procédant à un échange d’identité. Pour «Devenir mon voisin», négociant avec les personnes, il occupe l’espace, la posture, les vêtements des gens de la petite ville où il vit. Il est le boucher du quartier, le pompier, le retraité partant sur son vélo… tel Zelig dans le film de Woody Allen.
Avec ces travaux semblant interroger les usages populaires de la photographie, il questionne, in fine, la relation à l’Autre : celui qui dérange ou inquiète, mais qui nous définit, et dans le regard duquel se révèlent peut-être nos propres contradictions, faiblesses ou obsessions.

Que Benoît Luisière distingue au détour d’un rond-point, d’un hall d’immeuble ou chez sa voisine, le sel de l’incongruité derrière la banalité des signes et objets dont nous parsemons notre quotidien, ou qu’il interprète à sa façon les codes des souvenirs privés, c’est l’individu, son absence de singularité et sa relation au monde qu’il place au cœur de son travail. Avec affabilité, mais sans naïveté, il nous tend un reflet incertain de notre humanité. Ses images sont comme des bonbons poivrés, toutes sortes de quiproquos deviennent possibles, plaisants et un peu amers, desquels nous ne pouvons que sourire.

Jean-Marc Lacabe

« Benoît Luisière se réapproprie l’image de personnes inconnues. Pour cela il scrute des albums de familles anonymes et s’y invite, il récupère des images souvent ridicules sur Internet et s’y met en scène, ou, plus récemment, procède à un échange délibéré d’identité avec des hommes, ou des femmes, qu’il rencontre dans la rue.
Il a aussi une conscience aigüe de l’époque qu’il traverse, où le modèle d’une vie réussie porte le nom d’un bijoutier suisse.
Il aborde l’autre partie de son travail sous l’angle de l’inventaire dérisoire. Il collecte des signes pauvres, à la fois symptômes et élans vitaux, qu’il qualifie de lapsus, pour témoigner d’une relation au monde où l’Absurde serait une façon de résister mais aussi une forme de joie face à un horizon triste. » Sandra Ligez

Repères Biographiques

Benoît Luisière est né en 1972 et habite dans l’Ariège, à Pamiers.
Documentaliste de formation, il interroge la culture populaire de notre société occidentale en collectant les signes pauvres de son économie, de ses loisirs ou de ses habitudes environnementales. Il les classe dans des ensembles aux titres teintés de lucidité et d’ironie, tel : «En attente de volonté», «Foire à foire au», «Déclencheurs de désirs», «Véritables mensonges»… Il enrichit ses collectes au fil du temps et des trouvailles en réalisant lui même des clichés d’objets ordinaires ou en les trouvant dans des albums de familles anonymes ou sur internet. Depuis 2011, il s’approprie ces photographies vernaculaires et, les détournant par des jeux de photomontages, il questionne les rituels de nos pratiques sociales de la photographie. JML

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