Entretien avec Manuela Marques

A l’occasion de son exposition au Château d’Eau, Manuela Marques revient sur les démarches qui nourrissent son travail. Elle commente toute une série d’images présentées dans l’exposition « Isotopies ».

On n’a jamais une vision du travail dans son ensemble, ce ne sont que des visions très parcellaires, l’espace est rythmé par des séquences photographiques comme un refrain visuel qui fait sens dans cet espace particulier du Château d’Eau. Mon travail peut être compris en terme de variations, comme une musique, jouant avec l’écho aussi.

C’est un ensemble constitué avec des images depuis 15 ans, il se construit au fil du temps, avec des images en résonances à partir des quatre éléments(eau, terre, air, feu), mais aussi de la suspension, de la chute, des choses prises entre d’autres éléments, des branches, etc…
La figure de la bulle est aussi très présente, comme celle du miroir, du reflet, comme si la bulle emprisonnait le monde, comme s’il était enfermé dans une sorte de fragilité, quelque chose d’extrêmement éphémère, de volatil… La bulle reflète le paysage, elle me reflète en train de photographier un modèle dans une sorte de mise en abîme.
L’ambiguïté est aussi très présente, on ne sait pas toujours ce qu’on regarde, des modèles, des personnages dont on ne sait pas très bien, si c’est un homme ou si c’est un femme, des situations où on ne sait pas bien ce qu’il se passe, à quoi est-on en train d’assister. C’est plus le doute, et la question qui m’intéresse que la description. Les jeux de regards, regarder quelqu’un en train d’être regardé… Je ne cherche pas l’instant décisif, mais le moment qui l’accompagne, son contour flou.
En conclusion, l’image de cette pierre comme un visage, très anthropomorphiste, comme une rencontre, une sorte de pierre-vanité qui agit comme un crâne. On se demande quelle est sa taille, est-elle de l’ordre du sculptural, de l’emblématique. C’est en fait un petit caillou qui pourrait tenir dans la paume de la main. J’opère beaucoup avec le rapport d’échelle, renverser le monumental au modèle réduit et élever le petit bout à l’ordre du monument…

Entretien réalisé par D. Roux, le 6 novembre 2015, 22’13