Photographier la nuit, autour de l’exposition de Yohann Gozard

Autour de l’exposition de Yohann Gozard, photographe qui travaille sur la nuit, le service des publics vous propose une initiation à la photographie de nuit et ses techniques.Photographier c’est encore écrire avec la lumière et pourtant l’image photographique se forme dans l’obscurité d’une boite noire : la camera obscura qui deviendra l’appareil photographique. En photographie argentique quand il développe et tire l’image latente le photographe s’enferme dans l’obscurité de son laboratoire.

C’est peut-être ce noir nécessaire à l’apparition de l’empreinte lumineuse qui attire certains photographes vers la nuit et ses atmosphères.. Le paysage que l’on croyait connaître devient tout autre et c’est à tâtons qu’il y cherche son chemin profitant d’un peu de lune ou de quelques étoiles pour révéler et réveiller tous les fantômes présents dans sa nuit blanche.
De Jacob Riis qui grâce à la récente invention du flash au magnésium pouvait photographier les taudis New-yorkais au début du siècle aux dernières images couleur d’Olivier Barbieri en passant par Weegee ou Brassaï hantés par ses dangers, la nuit est un territoire paradoxale dans lequel le photographe fait l’expérience de ses limites.

→Le Flash
Apparu au début du XXème siècle avec l’éclair de magnésium qui consistait en une sorte de feu de Bengale que le photographe allumait pour profiter de l’éclair de lumière, il évolue pour du temps de Weegge dans les années 30 devenir cette parabole sur laquelle on vissait une petite ampoule bleue que l’on devait changer à chaque prise. Aujourd’hui les flashes électroniques permettent de compenser la faible luminosité de la nuit ou en plein jour « déboucher » les ombres. Positionné sur l’appareil il permet d’éclairer sur une quinzaine de mètres mais rarement au-delà. Par ailleurs on peut lui reprocher de casser l’atmosphère et de donner un côté artificiel à la scène. Les photographes humanistes des années 60 Robert Doisneau ou Édouard Boubat l’employaient pour cette raison rarement. Alors que les photographes contemporains avec notamment la technique de l’open flash (utilisation du flash en plein jour) l’utilisent volontiers pour des effets hyperréalistes qui fixent les mouvements. (Martin Parr)

→ Sensibilité des films
En photographie argentique il existe des films plus ou moins sensibles à la lumière. Cette sensibilité est indiqué en Iso (ou Asa). Pour photographier la nuit on peut employer des films jusqu’à 3500 isos que l’on peut même pousser encore plus au développement. Mais plus le chiffre est grand plus le grain du film est important. Souvent pour rendre plus lumineux la formation de l’image on est obligé de (travailler à grande ouverture, ce qui a pour inconvénient de diminuer la profondeur de champ et le piqué de l’image.
En photographie numérique
C’est aussi en Iso que s’exprime cette sensibilité mais les capteurs aujourd’hui permettent de pousser beaucoup plu loin la photographie de nuit (jusqu’à plus de 25000 Isos. Trop poussée l’image devient plus claire, mais moins belle: le «bruit numérique» augmente et le lissage détruit les fins détails de l’image. Pour éviter ce phénomène, on peut généralement intervenir manuellement sur la sensibilité.

→ Vitesse et Temps de pose
Une photographie peut se faire à main levée jusqu’au 15e/seconde, au-delà elle risque d’être floue. Il faut donc utiliser un pied. Cette technique qui permet de laisser ouvert l’obturateur aussi longtemps que la lumière le rend nécessaire. En paysage de nuit c’est la solution de loin la plus performante. Elle permet de respecter les lumières ambiantes, de conserver l’atmosphère de la scène, d’augmenter la profondeur de champ en travaillant à petite ouverture et d’obtenir une image d’excellente qualité (sans grain ni bruit)
Cette technique exige beaucoup d’habileté technique pour à l’aide d’une cellule mesurer les différentes lumières présentes dans le champ.
Mais on peut aussi de nuit surtout en situation de reportage opter pour de photos à main levée avec des vitesses lentes qui permettent de jouer sur des flous de bougé
→ Voir en ligne le travail de Michael Ackermann

→ Bracketing
En photographie numérique la possibilité de combiner les vues pour compenser les écarts de lumière trop importants. On fait plusieurs photos différemment exposées que l’on peut assembler ensuite sous Photoshop.

→ Light painting
Le Light Painting est une technique photographique consistant à faire intervenir une ou plusieurs sources de lumière tenues à la main (typiquement des lampes de poche ou autre lasers) dans une scène photographiée avec un temps de pose supérieur à 1 seconde.
La lumière peut être dirigée vers l’objectif (le résultat ressemble alors à une photo sur laquelle on aurait peint des traits lumineux) ou dirigée vers le sujet ou une partie du sujet photographié, la photo est ainsi éclairée par endroit et sombre à d’autres.
L’intérêt de la photo se trouve alors dans la qualité du jeu de lumière ainsi produit. La mise en pratique de cette technique requiert un appareil photo disposant d’un temps de pose supérieur à la minute .
→ Voir en ligne le site de Michel Semeniako

Pour aller plus loin nous vous conseillons de consulter le dernier numéros de Réponses photo (octobre 2015 n° 283)
→ Exposition « le paradoxe de la nuit noire » de Yohann Gozard du 9 septembre au 1er novembre 2015