Découvrir la collection

A la fois très française et internationale, la collection compte plus de 400 artistes des principaux pays rayonnants sur la scène internationale : américains, italiens, anglais, français… En effet, à partir des années soixante, la diffusion des artistes s’est internationalisée de pair avec le marché de l’art. Aujourd’hui, comme en témoigne les acquisitions récentes (Brotherus, Lehtinen), la collection est le reflet de l’émergence de nouveaux pays (Finlande).

Constituée dès l’origine du Château d’Eau, la collection a eu vocation dès le départ à s’inscrire dans une histoire de la photographie, donnant une lecture de ces évolutions, et tendances. L’histoire de ce médium, initiée par les américains qui en furent les pionniers et dont les artistes ont longtemps dominé la scène internationale, est éminemment plurielle. Il s’agit à la fois d’un patrimoine et une démarche prospective grâce à une politique d’acquisitions qui interroge la photographie dans ses développements contemporains.

La cohérence et l’originalité de cette collection se situent donc à l’intersection d’une histoire internationale et de la ligne artistique d’un lieu ouvert sur la grande diversité des pratiques photographiques.

Dans les années 70-80, au moment où la photographie se cherche, tente de s’imposer comme un art, la collection embrasse l’image sous toutes ses formes s’ouvrant même aux nouvelles images scientifiques (premières images du satellite Spot), assumant des emprunts à la photographie publicitaire et à la mode (Lucien Lorelle, Sarah Moon). Elle traduit surtout l’influence du réalisme poétique propre à l’Ecole française du reportage (Robert Doisneau, Willy Ronis, Edouard Boubat, Izis…) et de la veine humaniste qui se poursuivra. C’est aussi la grande époque de l’agence Magnum (fondée en 1947, par Robert Capa, Henri Cartier-Bresson, Georges Rodger, et David Seymour) qui inspireront d’autres générations (Marc Riboud, Guy Le Querrec). La collection est dans une moindre mesure empreinte, des développements français de la photographie abstraite (Jean-Claude Gautrand, Eric Bourret…)
On y retrouve également les grands acteurs de la photographie documentaire (Sander) et une influence américaine plus large : photographie créative qui trouve des échos importants en France (Gladys), la photographie de rue (William Klein), etc.
Après la parution en 1979 de la Chambre Claire de Roland Barthes, la réflexion sur l’acte photographique conduit à des postures plus autobiographiques (Bernard Plossu, Cille Mora, Claude Nori), des expériences qui placent le photographe au centre de son image.
Au seuil du XXIe siècle, la rupture se fait plus nette et la photographie devient plasticienne, entrant de plein pied dans le champ de l’art contemporain. C’est le passage aux grands formats couleurs, après une longue période d’hégémonie du noir et blanc comme la forme d’une photographie artistique.
Le portrait se réinvente dans un style documentaire (Charles Fréger, Dominique Delpoux). Certains artistes interrogent le paysage urbain, se confrontent à des espaces vides ou transitoires (Olivier Metzger, Eric Aupol). D’autres dans la tradition du land art instaurent un dialogue in situ avec le réel pour en modifier la perception (Laurent Millet). D’autres encore par des artifices techniques perturbent les frontières entre fiction et réalité (Corinne Mercadier).
La collection retrace, à sa mesure, autant d’interrogations (mise en scène, photographie engagée, formalisme), et de métissages (avec la littérature, – Emile Zola, Claude Simon, Jacques Lacarrière, Denis Roche -, la peinture – Carla Van de Puttelaar, Mohamed Bourouissa, Elina Brotherus) qui traversent toute son histoire et tous les genres (portrait, paysage, reportage, etc.). Sans prétendre à l’exhaustivité ni à l’encyclopédisme, il s’agit d’une collection véritablement construite autour de ces réflexions.

La collection possède également un lien certain avec le patrimoine local, et la place de la ville de Toulouse dans l’émergence de la photographie en France. Quelques grands ensembles monographiques (tirages modernes) comme les photographies d’Eugène Trutat, de Charles Fabre, de Toulouse vers 1900, ou bien sur Pierre Latécoère, nous rappelle ces liens à la photographie ancienne.