Photographie italienne

Deux hommes ont marqué la photographie italienne contemporaine, Ugo MULAS, dans les années soixante dix avec ses vérifications du médium photographique et Luigi GHIRRI dans les années quatre vingts qui porta un regard nouveau sur le paysage de l’Italie traversée par les courants artistiques des USA et de l’Europe. Alors qu’à la sortie des années noires du franquisme, les Espagnols eurent enfin leur movida » , spontanée, joyeuse, extrême et surréaliste, les photographes italiens passèrent de longues années à révisionner systématiquement leur territoire proche ou lointain, sa topologie, son architecture urbaine en utilisant le grand format, le panoramique ou des techniques oubliées pour nous offrir de nouvelles « vedute » dans la lignée des peintres du XIX siècle. Aujourd’hui dans cette globalisation culturelle qui attire et répulse à la fois, les photographes italiens récupèrent les parcelles de territoires photographiques de leurs aînés pour les étendre, les irriguer, puis les inonder de leurs expériences à travers un regard boulimique, sans limite et sans carcan. Ils redécouvrent l’ oeuvre totale, poétique et sans concession d’un Mario GIACOMELLI ou les expérimentations d’un esprit libre comme Paolo GIOLI quittant les univers extérieurs et froids d’un paysage à son tour devenu conventionnel afin de partir à l’aventure de mondes intérieurs un peu trop longtemps refoulés. Grâce au développement des galeries d’art – plastique dans tout le pays, à des manifestations comme « Modena per la Fotografia » ou à des centres expérimentaux comme le Studio Marangoni à Florence ou à de nombreuses initiatives privées et institutionnelles, la photographie italienne apprend peu à peu à se réinventer. Les jeunes redécouvrent avec un plaisir sensuel, un reportage longuement pensé et conceptualisé. Ils s’intéressent à nouveau à l’art du portrait, recentrent leur attention sur les gens, leur environnement privé ou social avec une pointe d’humour et de provocation salutaire comme dans les films de la nouvelle vague britannique. La télévision par exemple est omniprésente dans les scènes d’intérieurs et devient à la fois l’objet passionnel vers lequel tous les regards et les fantasmes convergent, centre de recherche intensif, miroir absolu des désirs et des obsessions, &#339
il pervers qui observe pour mieux dévorer. Le polaroid conserve sa magie pour inventer de nouvelles images, étirer sa gélatine sur des supports plus nobles ou plus inattendus. Le noir et blanc, précis, ciselé, flou ou perturbé par les trames digitales conserve sa noblesse, son indéniable charme artistique, un peu décalé. On préfère souvent la couleur ou plutôt les couleurs pour mieux se jouer d’elles, on privilégie le grand format pour rendre définitivement démodés les 30×40 cm et ressembler aux &#339
inventent entre reportage et théâtralité, recherches graphiques et autobiographiques mais toujours dans une certaine élégance du regard qui est une marque indéniable de la culture italienne. Claude NORI Commissaire de l’exposition «