Marc Deneyer

Le regard est fait de l’attention que nous portons aux choses, aux êtres et au monde avec notre personnalité, et forts des habitudes visuelles qui furent les nôtres. Celui du photographe doit le conduire juste derrière sa première vision, afin qu’il décline dans la technique qui est la sienne, ce que son regard vient de saisir. L’image qui en résulte, est donc le juste mélange de ces deux composantes. Chez Marc Deneyer le partage entre ces deux étapes revêt une importance très signifiante. – le regard appliqué qu’il pose sur un monde proche ou lointain. – le temps qu’il sait prendre pour accepter la venue de l’image. Deux valeurs donnant à son travail une épaisseur qui pourrait être celle de sa rêverie rendue à la réalité du monde, par l’image créée. Lorsqu’il n’est pas voué aux grands espaces de l’univers, c’est dans cette frange infime, entre regard et temps, que se développe son travail. Avec une humilité appliquée, il se contente de scruter le mince territoire qui l’entoure. Du remous des herbes à l’agitation des feuilles, de la dérive des nuages aux traces laissées par l’homme, il nous conduit à l’acceptation d’une précarité du monde soulignée par le lent passage de la lumière. Ce qui est mis en oeuvre” n’est autre que l’instant du passage, celui du regard, celui du temps, celui de la lumière. Cela nous donne des images d’une grâce retenue ou d’une certaine épaisseur nocturne. Parfois une arête noire vient trancher l’espace sur un fond blanc. Ailleurs l’enfouissement des choses propose une lecture active qui livre peu à peu son sujet. Pourtant la clarté du propos, toujours simple, semble dessiner une familiarité avec notre fin promise, tant elle nous parle de la fragilité de la vie. C’est une grande disponibilité qui prévaut à cette façon de poser le regard. Sans recours à un système, Marc Deneyer nous mène vers une certaine gravité de l’apparente insignifiance des choses jusqu’à ce que la mémoire que nous avons de cet essentiel nous vienne en retour par ses photographies. Cette éthique est conséquente d’une manière de s’abstraire de l’image alors que la présence au monde du photographe fut indispensable à sa conception. Enfoui dans une recherche personnelle qu’il mène avec discrétion et opiniâtreté, loin des modes, Marc Deneyer décline un langage intime où la nature proche et lointaine tient une place majeure. Il bâtit ainsi une &#339
uvre dont la musique, qui peut paraître incertaine, ne cesse de se faire à chaque image plus évidente. Si je vous dis que le violon est pour lui l’autre passion, alors vous comprendrez le lien qui unit ces deux mondes de la photographie et de la musique. Paraphrasant Charles Munch qui parlait de Mozart à ses musiciens, je dirais … que le silence qui suit une photographie de Deneyer, est encore du Deneyer… Dans cet écho du regard s’inscrit le travail personnel de ce sage photographe. Dans cet écho, qui pour nous tous, passe avec l’admirable tremblement du temps. Michel Dieuzaide”
1998-01-07 11:24:00