Eve Ducau

La photographie c’est le reportage. Le reste, c’est de la peinture !” Avec cette phrase lapidaire, Christian Boltanski portait à l’évidence que, la photographie dans sa pratique, n’est qu’un moyen de plus utilisé par les artistes pour transcrire leur émotion comme le sont le pinceau, la couleur, la toile. Si la dilution du sécatif doit être scrupuleuse et le temps de séchage respecté, celui de l’exposition et du fixage sont pour la photographie, indispensables à sa pérennité comme à sa sensibilité. Ce postulat sur la méthode une fois posé, l’art n’apparaît qu’avec le regard et l’intériorité de celui qui fait. C’est donc à propos du choix du moyen d’expression que l’interrogation peut venir : “Pourquoi préférer l’utilisation de la photographie à celle de la peinture pour un résultat visuel plastiquement proche ?”. Sans doute, la question est-elle vaine dans sa brutalité primaire et la querelle obsédante dans les musées comme dans les ateliers où le discours remplace parfois le faire. Nous ne sommes plus à l’époque où Ingres et Delacroix voulaient tenir la photographie à l’écart des beaux arts. Aujourd’hui tous les artistes l’utilisent. Certains comme un moyen, d’autres comme une fin. “Comparer photographie et peinture n’a pas plus de sens que comparer cinéma et sculpture” déclarait au mois de juin dans “Le Monde”, le peintre Djamel Tatah. Tandis que Jean-Michel Alberola dans ce même article, lui rétorquait : “la peinture et la photographie se rejoignent quand elles atteignent cette dialectique du morcellement et de l’extension, ce va et vient de l’oeuvre au monde, qui n ‘en finit pas”. Nous sommes là au c&#339
ur même des images que nous propose Eve Ducau : pointant son regard et son cadrage sur un élément du monde qui peut-être serait resté inaperçu, en continuant de subir l’évolution que lui impose le temps. Son travail d’artiste est donc de relever des traces et par la photographie, nous les proposer avec sa propre sensibilité, sa propre lecture du réel. Cela suppose une grande humilité que le peintre n’a pas toujours car son propos, partant du même constat sur la réalité, est plus souvent de dire : “Regardez ce que j’ai fait” alors que le photographe nous dit simplement “Avez-vous vu çà ! “. Cette différence me conduit à penser qu’ils ne sont pour rien dans la querelle qui les oppose aux peintres car ils font preuve, pour la plupart, d’une grande humilité comme le montrent les images que nous présentons ici. Cette attitude scrutante d’un réel lentement éphémère ne nous en donne pas moins la vision très personnelle d’une artiste contraignant l’espace parfois, le dilatant à d’autres reprises, mais toujours se jouant de lui pour inventer une expression picturale sans repères. Se situant délibérément hors du monde, le créateur n’en demeure pas moins une des composantes qui sait à la fois le reconnaître et le capturer forçant ainsi le spectateur à voir le réel à sa façon. Ainsi se déploie son rôle d’artiste. Dans cette démarche là, qui est pleinement celle d’Eve Ducau, aucun autre moyen n’aurait eu plus de sens que la photographie prise au plus simple de sa pratique. Michel Dieuzaide ”
1999-10-20 13:27:00