Dossier pédagogique #42 – Vanessa Winship

Dossier pédagogique Vanessa Winship

Les images de Vanessa Winship au-delà de leur valeur documentaire sont souvent saisissantes par leur inquiétante étrangeté, empreintes de solitude et de mélancolie. Des Balkans à l’Amérique profonde, la photographie est pour elle un voyage vers la compréhension des êtres et des territoires où elle s’arrête. Sa manière de travailler impose qu’elle ne soit pas une simple passante, elle prend le temps de vivre sur place, souvent plusieurs années pour mieux s’imprégner des lieux et de ses habitants et ainsi explorer photographiquement les territoires, l’histoire, l’identité et la mémoire des pays où elle séjourne.

Black Sea, Vanessa Winship
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« Pour moi la photographie est un processus d’apprentissage, un voyage vers la compréhension » Vanessa Winship

Le portrait : La question de la distance au sujet est importante dans la pratique du portrait.
En 2005 Vanessa Winship vit en Turquie pendant une dizaine d’année. Très vite elle laisse de côté de côté le reportage pour privilégier la frontalité des portraits et réalise « Sweet Nothings » une série d’écolières en uniforme dans la zone frontalière d’Anatolie Orientale posant avec une simplicité juste. Les visages sont graves, les regards frontaux, intimidés mais fiers.
« Connaissant leur statut, je voulais donner un petit espace aux filles pour qu’elles aient un petit moment d’importance face à l’objectif. J’ai décidé d’utiliser cette façon de faire des images, lente et formelle, pour créer cet espace. Chaque cadrage fut réalisé à la même distance pour assurer une sorte d’égalité entre les filles. J’espérais que le symbole de l’uniforme, la répétition de la distance et l’austérité du paysage représenteraient une chose, mais j’espérais aussi, plus que tout, dans l’expression du visage des fillettes, attirer l’attention sur l’idée que ces jeunes filles sont « en suspens » dans un instant. Un instant où les possibilités viennent, un instant où la présentation de soi bascule dans la conscience. »

Le reportage : ou comment choisir dans la continuité du réel et de son mouvement l’instant le plus significatif d’une situation.
Entre réalité et fiction, la série “Black Sea (Mer Noire) – 2008” à la fois poétique et poignante égale le travail de n’importe quel grand photographe du «style documentaire».
Vanessa Winship a voulu explorer les multiples identités culturelles qui se côtoient le long des rivages de cette Mer Noire qui a été le témoin d’innombrables changements politiques et religieux, depuis les croisades et les Ottomans jusqu’à la fin récente de l’Union soviétique.

L’alternance de portraits et de paysages.
Pour ces paysages elle emploi souvent une grande profondeur de champ (l’image est nette du premier plan jusqu’à l’horizon). Au contraire dans ses portraits la mise au point est faite sur le personnage au premier plan et l’arrière-plan est flou.

Georgia – 2009
Dans cette série où sont photographiés les invités de mariages géorgiens, des jeunes judokas, quelques boxeurs ou bien encore des adolescents d’une petite communauté lettone, Vanessa Winship utilise le portrait pour construire une œuvre habitée par les notions de temps, de territoire et d’identité. En réalisant ces portraits, elle donne un peu de temps et d’attention à ces personnes — et notamment ces jeunes filles vivant sur des territoires frontières, chargés d’histoire, parfois objets de conflits et souvent dénués de tout. En contrepoint elle présente des paysages en opposant paysages naturels (campagnes, arbres, forêts) à des lieux habités.

She dances on Jackson – 2011 – 2012
En automne 2011 et pendant plus d’un an, elle a sillonné le territoire américain de la Californie à la Virginie et du Nouveau-Mexique au Montana. Elle a cherché à montrer le lien qu’il peut exister entre le territoire et ses habitants, la représentation et le réel. Elle présente les Etats-Unis comme une grande interrogation où le poids du passé récent se manifeste au travers des chantiers des immeubles abandonnés et où les visages anonymes des individus et des groupes révèlent leur désillusion face aux promesses du rêve américain. Un travail qui marque l’aboutissement de l’évolution de Winship vers la photographie de paysage.