Toulouse & la photographie

La photographie à Toulouse

Vers 1826, Joseph Nicéphore Niépce parvient à fixer des images de qualité moyenne sur des plaques d’étain recouvertes de bitume de Judée (une sorte de goudron naturel ayant la propriété de durcir à la lumière). Cette Première “photo” a nécessité une pose de plusieurs heures. La date officielle de l’invention de la photographie est 1839 : François Arago présente à l’Académie des sciences le daguerréotype, une amélioration de l’invention de Niépce due à Louis Jacques Mandé Daguerre qui réduit le temps de pose à une demi-heure.
Depuis 1839, année de la déclaration de l’invention par François Arago, différents
événements importants jalonnant l’histoire de la technique et du médium photographiques se sont écrits à Toulouse.
En 1974, l’ouverture de la galerie du Château d’Eau fit connaître Toulouse du monde photographique international : cette création servit d’exemple lorsque, dans les années 1970 et 1980, il fallut convaincre pour la reconnaissance de la photographie.

Cette longue histoire ponctuée de moments remarquables distingue Toulouse des autres grandes villes françaises. La photographie a contribué à son identité culturelle. Rares sont les villes qui peuvent prétendre à un tel passé, rares sont aussi celles qui en Europe ont œuvré dans ce domaine. Toulouse et Arles furent pionnières, avant Charleroi (Belgique), Winterthur (Suisse) une quinzaine d’années plus tard.

Ouvrir un tel lieu était une aventure, tout était à inventer. Accrocher des photographies au mur ne suffisant pas, Jean Dieuzaide a dès le début associé l’édition à l’exposition, le catalogue donnant informations biographiques, reproduction et éléments esthétiques, puis il a ouvert le fonds d’œuvres originales, qui fait aujourd’hui la richesse du lieu.
La programmation de Jean Dieuzaide, puis des directeurs artistiques qui ont suivi (Michel Dieuzaide, Jean-Marc Lacabe) s’est toujours articulée autour d’une photographie d’auteur.
Aujourd’hui, le Château d’Eau s’est ouvert aux esthétiques contemporaines sans pour autant renier l’apport de l’histoire.

Jean Dieuzaide (1921-2003), fondateur de la Galerie du Château d’Eau
Accèder au site officiel de Jean Dieuzaide

Né en 1921 à Grenade sur Garonne, Jean Dieuzaide éprouve très vite une passion pour la photographie. Il la défend ardemment, partout, de Paris à Toulouse, en passant par Arles. La libération de Toulouse sera son premier reportage. A cette occasion, il fera le premier portrait officiel du Général Charles de Gaulle. En 1955, il est le premier photographe a obtenir le premier prix Niepce.
En 1961, il obtient le prix Nadar pour son travail sur l’art Roman. A ce jour, il reste le seul photographe titulaire de ces deux prix qui sont les plus importants du monde de la photographie.
Jusqu’en 1970, il partagera son temps entre la photographie industrielle, l’illustration de livres pour les plus grands éditeurs, et le reportage.

En 1974, il ouvrira à Toulouse la Galerie du Château d’Eau qui sera en France le premier lieu d’exposition consacré uniquement à la photographie. Cette action militante qu’il déploya tout au long de sa vie, a sans doute contribué à la reconnaissance de la photographie par le Ministère de la Culture.
Tout en poursuivant sa recherche personnelle d’artiste, il dirigera la Galerie jusqu’en 1996, y exposant les plus grands noms de la photographie française et internationale (plus de 480 expositions à ce jour).

Son œuvre personnelle, diverse et plurielle dépasse l’image puisqu’elle a abordé la sculpture et la tapisserie. On ne compte plus le nombre d’expositions qui lui furent consacrées en France et à l’étranger. Depuis le Pavillon de Marsan du Louvre jusqu’au Centre Pompidou, de la Kunsthalle de Cologne jusqu’au musée de Tokyo où il est sélectionné parmi les meilleurs cinquante photographes de tous les temps.

En 2001 pour ses 80 ans, la Galerie du Château d’Eau présente pour la première fois une exposition de son travail en ne montrant que des images inédites. Son œuvre monumentale compte plus d’un million de négatifs. Jean Dieuzaide aura consacré sa vie à la photographie. Son engagement enthousiaste pour défendre les photographes a souvent empiété sur son propre travail. Mais jamais son œil, constamment à l’affût n’a cessé de saisir les images d’une vie écrite avec la lumière. Il était officier des Arts et des Lettres, officier dans l’ordre du Mérite et officier dans l’ordre des Peintres de la Marine.

Quelques dates historiques importantes

    1822 : Toulouse construit le Château d’Eau. Nicéphore Niepce invente la photographie.

    1840/1845/1850 : premières expositions de daguerréotypes au Couvent des Jacobins tenant lieu alors de « Salon des Beaux-Arts et de l’Industrie » de notre région. On y trouve les noms de Trantoul, Thalamas et Bianchi père et fils, fabriquants toulousains de chambres noires.

    1875 : sous l’impulsion du professeur Charles Fabre, ami de Paul Sabatier et d’Eugène Trutat, directeur du Museum d’Histoire Naturelle, 200 chercheurs et artistes (les noms de certains honorent nos rues), se regroupent pour fonder la Société Toulousaine de Photographie. Elle est chronologiquement la troisième à être créée au monde,
    après Paris (1851), Société Française de Photographie et Londres (1853), Royal Society of Photography.

    1883 : dans l’atelier du chercheur André Quinsac, première tentative mondiale de mise en couleur sur papier journal par le procédé « photocollographique » des premières images de Ducau du Hauron, inventeur de la photographie couleur, originaire de Villeneuve-sur-Lot. Des documents déposés à la Sté Fse de Photographie
    le prouvent ; hélas un incendie détruit quelques jours plus tard l’atelier, le matériel, les clichés et les épreuves.

    1892 : Toulouse est la première ville en France à prodiguer un enseignement supérieur sous l’autorité du Professeur Charles Fabre de la Faculté des Sciences dirigée par Paul Sabatier, écrit le « Progrès Photographique » en mai 1892. Charles Fabre est aussi l’auteur de la première Encyclopédie de la Photographie (3 500 pages en 8 volumes), qui sera remplacée seulement en 1971 par l’édition « Time-Life » aux Etats-Unis.

    1895 : naissance d’une deuxième société : le Photo Club Toulousain, motivé par le « pictorialisme ».
    1937 : partisans d’une photographie plus authentique et plus vivante, douze de ses membres s’en séparent et fondent le « Cercle des XII ». Après des succès honorables dans les compétitions nationales et internationales de la Fédération Internationale de l’Art Photographique, le « Cercle des XII », vivement motivé au lendemain de la guerre, et animé d’un sang nouveau, se détache, en 1965 de la fallacieuse émulation des prix et médailles de cette Fédération.

    1953/1971 : premières grandes expositions (Brassaï en 1955), sous la responsabilité du « Cercle des XII » qui en 1960 est admis à montrer ses œuvres en grand format (1 à 2 m2) dans le Musée des Augustins : un événement, en effet, c’est la première fois en France que la photographie est exposée dans un musée. Au cours de la présentation de 1971, le Professeur Ourliac, premier adjoint aux Beaux-Arts de la Ville promet un département « photographie » dans le Musée des Augustins de Toulouse hélas en restauration pour douze ans.

    1974 : 23 avril, avec l’aval de la mairie, le « Cercle des XII », impatient, investit le Château d’Eau. Pierre Baudis, Maire, inaugure la première galerie municipale de France et la confie à Jean Dieuzaide (directeur et fondateur) aidé de ses collaborateurs, en présence de Robert Doisneau, Jeanloup Sieff, Pierre Sudre, Jean-Claude Gautrand, Denis Brihat…

    1978 : création du Centre de Documentation, ouvert au public dès 1982

    1984 : 5 avril, Dominique Baudis, Maire, inaugure un deuxième Espace, le superbe sous-sol du Château d’Eau avec ses « roues à aubes ».

    1986 : février, lancement du satellite photographique d’observation de la terre « Spot 1 ». Exposition au Château d’Eau en 1987 des premières images reçues : un succès, 26 000 visiteurs en deux présentations.

    1989 : 5 octobre,Dominique Baudis inaugure le troisième Espace d’exposition situé sous le Cours Dillon. Soit un total avec les 3 galeries de 220 m de cimaises et 600 m2 de surface. II est contigu au nouveau Centre de Documentation créé en 1978, installé maintenant sous l’arche sèche du Pont Neuf.