Buvez Laganne! L’histoire du château d’eau…

Non loin du château d’Aufrery, le domaine de Laganne est confortablement ancré, tel un navire de briques, au milieu d’une campagne vallonnée ourlée de bois et de cultures. Avec sa distribution classique et ses dépendances, dont on s’accommoderait bien, le bâtiment datant des XVIIe et XVIIIe siècles présente tous les attributs traditionnels de l’habitat rural version « upper class ». Fait pour durer et endurer. « Le domaine de Laganne n’a jamais été un château mais une maison de maître », prévient son actuelle propriétaire. Sa famille en a fait l’acquisition en 1939. Auparavant, le domaine était passé de mains en mains, avait vu défiler Américains et Italiens… Surtout, il fut la propriété au XVIIIe siècle d’un certain Charles Laganne, marié à Anne-Henriette de Carrières d’Aufrery. Trop rustique sans doute pour avoir accueilli le Capitoul en personne, le domaine faisait en tous cas partie des biens qu’il avait à gérer. Ce politique, dont la famille était établie sur la terre de Mallarmé, eut une carrière fulgurante. Avocat puis procureur du roi, Laganne devint Capitoul en 1753 puis Syndic de la ville de Toulouse, chargé d’en représenter et d’en administrer les intérêts. Laganne oeuvra pour la cité jusqu’à sa mort, en 1789. Alors que la ville connaissait de façon récurrente des problèmes d’épidémies liées à son insalubrité, il lui légua 50 000 livres « pour y introduire des eaux de la Garonne, pures, claires et agréables à boire, en un mot, dégagées de toutes saletés, afin que les habitants puissent en boire toute l’année. » La formule avait tout d’un slogan publicitaire…

Un château d’eau pour tous
Dans ce testament, Laganne, en homme éclairé, se réclamait de la tradition romaine de l’évergétisme où « des citoyens inspirés par leur zèle, léguaient à leurs municipes des sommes qu’ils affectaient à des objets d’utilité publique ». Ce n’est qu’en 1823 que l’administration municipale employa le fonds Laganne à la construction du Château d’eau. L’eau captée dans la Garonne passait par les filtres de la prairie voisine et alimentait les 90 fontaines publiques de Toulouse. Trente ans plus tard, l’eau courante parvenait au domicile même des Toulousains. Le système fut abandonné dans les années 1860 car les besoins dépassèrent vite les 4 millions de m3 fournis à la Ville. Il fallut capter en amont. Une plaque apposée sur le bâtiment emblématique, dédié aujourd’hui à la photographie, rappelle le souvenir du Syndic bienfaiteur, qui a aussi laissé son nom à la place et à la rue qui borde le Cours-Dillon.

50 000 livres léguées à la Ville pour la fournir en eau potable
1823, construction du Château d’eau
4 millions de m3 d’eau potable fournis à la Ville
1860, abandon progressif du Château d’eau

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