Vincent Debanne

4 janvier au 4 mars 2012
Tribute to archaic devices

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Le processus d’élaboration des images de Vincent Debanne est long puisqu’il s’agit toujours d’une recréation photographique et d’une scénarisation par montage, par accumulation, méthode à la fois empirique et exagérative, aspirant à la transcription la plus fidèle à l’expérience éprouvée des lieux (qui ont souvent valeurs de dispositifs, tels les centres d’affaires, les centres commerciaux, les usines, les lieux dédiés au travail, au spectacle, les lieux de loisir, les lieux du pouvoir) et des faits sociétaux observés.
L’imaginaire, par le biais de la scénarisation, déploie dans ses photographies sa capacité prospective et révélatrice. Il vient donc conforter l’expérience, et parfaire la captation photographique qui est pour lui, toujours incomplète, en deçà de l’expérience, de l’observation, du ressenti.
Ses images sont articulées selon plusieurs temporalités, utilisent des effets anachroniques et travaillent les rapports entre esthétique et politique. Dans son travail photographique, les références à la peinture et à l’histoire, lui donnent les moyens de la parodie, le véritable enjeu étant la description du contemporain. Le recours à une iconographie passée (matrice de mes images), comme la propagande et la peinture d’histoire, lui permet de renouveler le regard sur notre époque et d’y dévoiler les archaïsmes.
Le Château d’Eau a déjà eu l’occasion de présenté de façon très parcellaire le travail de cet artiste, notamment dans des exposition thématiques comme « Un semblant de Réel, mises en scènes et autres arrangements » en 2009 au Lycée Michelet de Montauban ou également dans « Simulacres et Parodies » ici dans la seconde galerie, en 2010.
L’exposition monographique d’aujourd’hui est l’occasion de mettre en lien des séries de différentes époques dont l’une « Incidents » qui fut réalisée en 2009, est présentée pour la première fois.

Incidents 2009
Hôtels de ville, préfectures, tribunaux, mes petites Bastilles : ces bâtiments institutionnels ont été construits le plus souvent dans le style brutaliste de l’époque, exhibant clairement leur fonction de gouvernance, une architecture du bunker, de la forteresse …
Le sociologue Mike Davis parle d’une « émeute invisible » en 92 à Los Angeles. Une émeute rendue invisible par les médias qui n’y voyaient (et ne voulaient donc montrer) qu’un soulèvement de la population noire alors qu’il fut multi ethnique. Même minoration ou atténuation de la réalité pour désigner les émeutes de 2005 en France : des incidents pour les uns, des troubles sociaux pour d’autres. La police note que les émeutiers ont procédé par petits groupes très mobiles, plutôt que frontalement. Pas de gang, pas d’organisation. Très mobiles, presque invisibles ? Récemment, le comité invisible, dans son livre L’insurrection qui vient, fait la promotion de cette méthode : « Non pas se rendre visible mais tourner à notre avantage l’anonymat où nous avons été relégués. L’incendie de 2005 offre le modèle. »
La série Incidents articule ces idées d’atténuation de la réalité, d’euphémisme et d’invisibilité pour finalement ne livrer que les symboles du pouvoir et ceux de la révolte : l’architecture (théâtre des incidents), fumées, feux, archives jetées par les fenêtres brisées. Les acteurs en sont absents, les émeutiers restent invisibles (non catégorisable), les forces de l’ordre (donc l’Etat) ont déserté, la population se cache …

Dispositifs 2007
La Série « Dispositifs » exhibe des artifices, « militaires » et architecturaux. Les mêmes que ceux observés par Vincent Debanne sur les murs du Palazzo Publico de Sienne, dans la fresque de Simone Martini, représentant le combattant Guidoriccio da Fogliano après sa victoire sur Montemassi. Cette fresque panoramique qui sert de trame à cette série, représente un paysage déserté (à l’exception de son héros), structuré par l’ensemble d’un dispositif de combat désaffecté : fort, palissades, campement militaire. Tous les attributs du pouvoir sont donnés à voir, l’obsession sécuritaire et le régime militaire de tout dispositif de gouvernance.

Dreamworks 2006

Vincent Debanne a pris le parti de photographier la classe ouvrière Slovaque parce qu’elle fut à la fois l’inspiration et la cible principale de l’iconographie de l’ancien régime socialiste. En détournant les codes graphiques et thématiques de la propagande, il cherche à montrer la permanence de valeurs normatives, quelque soit le régime économique. En utilisant le mode parodique et son jeu de substitutions, d’empreintes, il pose la question de l’avenir et le rôle de cette classe ouvrière dans la nouvelle société libérale, en référence à un passé où ces thèmes étaient centraux. Les travailleurs photographiés par Vincent Debanne sont le plus souvent inactifs, désœuvrés, comme dépossédés de leur travail ou dans une attente indéterminée. La révolution en cours se produirait-elle sans eux, malgré eux ? Les quelques actions de travail présentées semblent sans finalité et absurdes…
Sur un mur de l’usine de voiture KIA, une banderole, un slogan : « Travailler ensemble, c’est magique » ! A l’instar du philosophe Giorgio Agamben citant Walter Benjamin, le management aura parfaitement compris la tristesse d’un enfant quand il constate « qu’il n’est pas capable de magie ». La magie, c’est le bonheur !
La série « Dreamworks » a été commissionnée par l’IPRN.

Welcome to children 2005

Cette série est issue de plusieurs formes de récit : reportage épique, fiction et parabole. Cette forme semble adaptée à son sujet, puisqu’elle interroge le jeu des substitutions symboliques (ou perte du symbolique), institué par le capitalisme. Elle s’attache plus particulièrement à “l’initiation” des courses en famille, dont le premier objet rituel est le caddie. L’enfant est “présenté au caddie”. Le rite conforté par la répétition produit son effet : les initiés deviennent de petits-enfants soldats, meneurs de troupes. Alors, n’essayez pas de les arrêter !

Repères biographiques

Vincent Debanne, Né en 1972, vit et travaille à Paris.
Diplômé de École Nationale de la Photographie, Arles

Documents à télécharger :
Dossier de Presse V.Debanne
Feuille de salle V.Debanne

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