Dossier pédagogique #21 – Jeunes photographes russes

Le Château d’Eau présente quatre artistes représentants de cette nouvelle génération de photographes russes : Alexandre Gronsky, Ivan Mikhaïlov, Tim Parchikov, Natasha Pavlovskaya.

Durant la première moitié du XXème siècle la photographie russe a connu un essor incroyable, marqué par le mouvement constructiviste qui préconisait parallèlement à la révolution sociale une révolution visuelle ( nouvelle règles de composition : plongées,contre plongées, basculements de champ etc…) Alexander Rodtchenko en fut le principal représentant.
Après la seconde guerre mondiale la photographie a été rabaissée au rang de servante de l’idéologie communiste : le reportage est remplacé par la mise en scène, la photographie artistique est bannie et les dissidents du régime sont pourchassés. A la chute de l’Union soviétique puis à partir des années 2000, la photographie voit arriver une nouvelle génération qui construit son univers artistique en toute indépendance et dont l’oeuvre est en quelque sorte le miroir des changements. Entre nostalgie d’un passé révolu et espoirs indicibles, ces jeunes artistes proposent un constat sans concession sur la Russie contemporaine.

Alexandre Gronsky
Né en 1980 à Tallin (Estonie).
Less than one (moins d’un)
(La population moyenne vivant dans les régions russes où ont été réalisées les prises de vue est de moins d’un habitant par kilomètre carré.)
Depuis le démembrement de l’Union soviétique, les grands centres urbains de la Russie ont radicalement changé, attirant une grande majorité de la population. Cela est très différent dans les villes de province. Dans sa série Less than one, Alexandre Gronsky s’est intéressé à ces agglomérations perdues dans l’immensité des étendues sauvages de la Russie.
Cette série photographique se situe entre le reportage et le paysage. Nous y voyons de grands ensembles de bâtiments anonymes et des espaces péri-urbains recouverts de neige. Le temps semble suspendu, rien ne se passe. L’absence quasi systématique de figures humaines, l’aspect figé des objets et le travail sur la lumière renforcent cette sensation d’être à la frontière entre deux mondes (jour/ nuit ; ville/campagne ; passé/modernité …).

Ivan Mikhaïlov
Né en 1981 à Novotchéboksarsk.
Megapolis (mégalopole)
Ivan Mickaïlov est né, a étudié, travaille et vit dans une petite ville de la province russe. Il s’est interrogé sur ce que vivaient les jeunes gens qui, pour diverses raisons avaient quitté leur ville natale pour s’installer à Moscou. Les personnages des photographies posent seuls à la fenêtre ou sur le balcon de leur appartement, le regard rivé sur la ville animée qui s’étale devant eux.
Chaque image est accompagnée d’un texte dans lequel les hommes et les femmes photographiés répondent aux questions que le photographe leur a posés : Qu’attendent-ils de la ville ? Quelles sont leurs pensées, leurs rêves ? Qu’espèrent-ils ? Comment se sentent-ils dans cet environnement
Dream of space (rêve d’espace)
Les photographies de cette série ont été réalisées sur des aires de jeux pour enfants. Des cabanes, des cages à poules et des toboggans témoignent du rêve et de l’espoir portés par la conquête spatiale de l’ex URSS. Sur les tourniquets-spoutnik* et les toboggans-fusées, toute une génération d’enfants s’est identifiée au héros national Youri Gagarine*. Vestiges d’une époque révolue, ces espaces de jeu sont laissés à l’abandon ; la peinture écaillée et la rouille des structures métalliques nous renvoient l’image d’un pays qui a renoncé à ses rêves de conquête

Tim Parchikov
Né en 1983, à Moscou. Peripheral vision (vision périphérique)
Tim Parchikov a une formation de cinéaste. Cela se retrouve dans ses images dont chacune expose une situation qui nous intrigue par son passé ou dans laquelle perce le futur. Ses oeuvres sont pleines de tension interne et d’angoisse devant un développement inattendu. Dans la série « Peripheral vision », il a photographié les cités dortoirs de Moscou en hiver.

Natasha Pavlovskaya
Née en 1982, à Moscou. Missing space. Le Donbass (Espace manquant) le thème principal de cette série est la transformation d’un paysage pendant l’époque du communisme*. Selon le dessein des constructeurs soviétiques, le territoire du Donbass, situé en Ukraine orientale devait devenir un « paradis » pour les , mineurs artificiellement créée. On amenait les ouvriers du pays tout entier dans ce territoire désert et des villes neuves surgissaient autour des mines et des usines. Le travail de Natasha Pavlovskaya montre les traces de cet énorme expérience soviétique vingt ans après son achèvement.

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