Denis Darzacq

4 février au 22 mars 2009
Le corps sculpture

Hyper Nº08-Darzacq

Le Château d’Eau présente quatre séries du photographe français Denis Darzacq, du 4 février au 22 mars 2009 dans la Grande Galerie.
Observant avec constance l’évolution des corps dans l’espace urbain, Denis Darzacq s’attarde aux frontières entre vie sociale et intimité. Il pose la question de la liberté individuelle, de l’énergie et de la force mouvante du désir dans un environnement dominé par l’uniformité, les modes de vie stéréotypés et l’encadrement des comportements collectifs. Indissociable d’un contexte qui est celui des années 2000, de la mixité ethnique, d’une jeunesse en quête de place et de la nécessaire réinvention de l’urbanisme moderne, cette œuvre à la fois documentaire et plastique s’enracine dans une réalité vivante.

Dans la série Nu, réalisée en 2003, Denis fait poser des modèles dans des zones pavillonnaires. Une façon d’expérimenter l’irruption de la nudité brute, sans apprêt ni connotation érotique particulière, dans l’univers standardisé du pavillon de banlieue, dont l’extension urbanistique et sociale s’est accélérée au cours des années 2000. Les images qui en résultent ne sont pas dépourvues d’un certain fantastique, inspirées de la légende médiévale allemande du joueur de flûte de Hamelin entraînant à sa suite les enfants du village.

En 2003, au moment de la guerre du Golfe, Denis Darzacq s’est rendu en Algérie pour faire un reportage sur des danseurs algériens de hip hop, qui répétaient un spectacle organisé par deux compagnies de danse française pour une tournée internationale. Plus tard, en revenant sur ses images, le photographe s’est trouvé frappé par l’image des jeunes en suspension dans l’espace. Il a alors eu l’idée de demander à des danseurs et sportifs d’effectuer des sauts devant des fonds qu’il avait préalablement repérés, pour réaliser une série intitulé La Chute (2006).
Rien de faux dans ces scènes, saisies à un instant qui a bien existé, pas de fiction, nulle retouche ni trucage. Pris dans des cours d’immeubles ou des rues du dix-neuvième arrondissement parisien, ces jeunes ne jouent que leur propre rôle et se contentent d’effectuer des sauts dans un décor urbain moderne. Le photographe prend des images, n’intervenant que pour donner quelques indications de mouvement. Pourtant, au moment où le saut se produit, l’aléa et la force de gravitation font leur entrée. Saisis en plein vol, les personnages s’échappent alors de leur histoire personnelle. Ces images, qui ne sont pas sans évoquer le mythe d’Icare ou le Saut dans le vide d’Yves Klein, lui ont valu le prestigieux prix World Press Photo 2007 et ont été largement diffusées, aussi bien dans la presse que dans le monde de l’art. Au-delà des intentions même de l’auteur, elles ont donné lieu à diverses interprétations, tant du point de vue technique (de nombreuses personnes y ayant vu – à tort- des photos manipulées sur ordinateur) que sur le terrain social ou artistique, attestant s’il en était besoin de l’aptitude de la photographie à se prêter à des lectures multiples. C’est avec La Chute que prend tout son sens une longue recherche commencée plusieurs années auparavant avec la série Ensembles (1997-2000). Dans cette grande fresque, réalisée le plus souvent d’un point de vue en hauteur, le photographe se concentre sur le mouvement des corps dans l’espace urbain, en éliminant les indications de lieu et de contexte (signalétique, panneaux, immeubles, affiches). Se tracent alors des lignes et courbes évoquant une partition musicale, des figures mathématiques ou l’alea d’un jeu de dés. Le graphisme des images n’occulte pas pour autant ce qui se révèle comme la préoccupation majeure et récurrente de l’auteur : faire vibrer les lignes de tension entre soumission sociale et désir individuel.

Dans Hyper (2007), Denis Darzacq oppose des corps lévitant dans l’espace, à l’univers saturé et obsédant des supermarchés, temples modernes dédiés à la consommation. Les images évoquent le rêve, l’évasion, l’envol vers des régions inconnues. Les personnages empruntent la gestuelle des films d’action populaire ou des jeux vidéos, mais aussi du maniérisme des peintres italiens du XVIème siècle dans leurs excès formels de représentation, soulignant l’étrangeté mélancolique d’un geste inutile et gratuit dans un monde violemment fonctionnel. Mais la fantaisie, le burlesque, une certaine esthétique pop, ne sont évidemment pas absents de tels tableaux.

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