Gabriel Jones

17 mai au 25 juin 2006
Somewhere on time

La série choisie, “Somewhere on Time” explore les frontières entre réel et fiction capturant en d’infimes temps de pose des micro-événements, situations à la fois ordinaires et équivoques où chaque photographie devient le support possible d’un état émotionnel ou d’un sentiment.
Entre instantanés et mises en scène, les partis pris esthétiques du photographe créent une amorce de fiction dans la combinaison savante du temps et du cadre, de l’ordre et de l’aléatoire, équilibre subtil entre l’artifice et la crédibilité de l’image photographique. Ces images sont réalisées hors studio au hasard des rencontres avec le lieu et le modèle mais l’utilisation combinée d’une lumière naturelle et artificielle théâtralise la scène de prise de vue et lui confère une aura singulière qui retient et intrigue notre regard. Gabriel Jones compose une atmosphère particulière pour chaque photographie à travers le choix du personnage, de la pose et du lieu, et dans un deuxième temps, de la manipulation numérique par la retouche des tonalités, des textures et de l’effacement volontaire de tout signe ou référent susceptible de nous informer sur le lieu de prise de vue. La juxtaposition de ces éléments construit une complexité visuelle ancrée dans la réalité quotidienne mais aussi distante de celle-ci. Le va-et-vient entre l’aspect d’instantané de photos de rue et le processus d’élaboration donnent à ces images leur étrangeté et leur force de séduction jouant de la tension entre le familier et l’étrange. Un homme face à une jetée effondrée, un autre allongé dans l’herbe, une jeune fille en robe jaune devant la façade d’une maison en brique, une autre sortant des bois, inquiète, apeurée ? La question, ou plutôt les questions restent en suspens et le doute s’installe face à chaque image de cette série. Gabriel Jones met en scène ses modèles, dirige la pose mais leur laisse suffisamment d’espace en ne leur communiquant pas les tenants et aboutissants d’une histoire qui se donne à voir, les bribes d’un scénario dont le sens premier nous échappe… (Charlotte Lorant)

Remerciements à la galerie Bugdahn und Kaimer, Dusseldorf

FINE ART PHOTOGRAPHER / PHOTOGRAPHE PLASTICIEN