Olivier Jobard

9 mars au 3 avril 2005
Itinéraires clandestins

Depuis 1992, Croatie, Bosnie, Tchétchénie, Afghanistan, Sierra Leone, Liberia, Côte d’Ivoire ou Irak ont été les principales destinations d’Olivier Jobard, photographe pour SIPA Press. Comme beaucoup de ses confrères, il participe à cette cartographie tragique de notre réalité globale que la photographie ne cesse de dresser, en fixant par l’image la mémoire des zones les plus exposées aux bouleversements géopolitiques contemporains. Pourtant c’est en France, à Sangatte en l’an 2000, qu’il est saisi par la nécessité profonde de dévoiler plus que les signes extérieurs des conflits, plus que les instants de la guerre : la souffrance des populations et, malgré les terribles séquelles, les espoirs que suscitent alors d’autres contrées plus privilégiées, le nouvel Eldorado que représentent nos sociétés occidentales. Ses images se distinguent alors car elles expriment une sensibilité qui fait la force d’un engagement individuel tourné vers les plus faibles, vécu au plus près de ceux menacés par la folie des autres, jusque dans la pénible expérience de l’exil. Qu’ils accompagnent le carnet de voyage de Kingsley dans son périple illégal depuis le Cameroun jusqu’en Europe ou qu’ils restituent aussi la propre « clandestinité » de leur auteur, impliqué, de Falloudja au Darfour, jusqu’aux marges de sa démarche professionnelle, les reportages d’Olivier Jobard ne se contentent pas d’une immédiateté spectaculaire. Ils s’inscrivent dans la durée, le photographe n’hésitant pas à revenir plusieurs fois vers ses sujets dans la recherche d’un propos abouti. Des neiges glacées des Balkans au feu du désert du Soudan, ou encore dans un esquif de fortune luttant dans les vagues de l’océan Atlantique, ces clichés traduisent des qualités plastiques comme rhétoriques dans un véritable équilibre, et ils contribuent à donner une puissance à leur témoignage parce qu’ils sont tout à la fois le résultat d’une sincérité non feinte et la garantie d’une exigeante objectivité. Peut-être parce qu’Olivier Jobard a retenu la leçon de William Eugène Smith, l’un des « pères » du photo-reportage, cette approche du métier lui a valu d’être récompensé à plusieurs reprises ; notamment en 2004 où il fut lauréat du Prix CARE International du Reportage Humanitaire pour son travail sur les réfugiés du Darfour et du « Visa d’or News » pour son reportage sur la frontière tchado-soudanaise lors du XVIe festival international « Visa pour l’Image » de Perpignan. Il a également reçut la même année le Grand Prix Paris-Match pour Traversée clandestine, sujet pour lequel il accompagna un groupe de migrants qui traversaient l’océan Atlantique.

http://www.olivierjobard.com/