Roger Ballen

28 janvier au 14 mars 2004

Depuis maintenant plus de vingt ans, Roger Ballen photographie dans des régions rurales d’Afrique du Sud. Depuis 1982.
Pendant toute la première décennie, il réalise un travail à caractère ethno-sociologique sur une population de laissés-pour-compte de la société sud-africaine. Mineurs, ouvriers d’exploitation viticole, cheminots, employés d’abattoirs, gardiens, sont photographiés chez eux aux milieu de leurs meubles et objets familiers. Seuls ou en famille. Le protocole adopté par le photographe est variable, plan serré ou plan large, modèles immobiles attendant le déclic ou saisis dans un instant particulièrement expressif, mais les clichés sont toujours pris avec un appareil moyen format 6×6 et toujours au flash de reportage, sans fioriture.

Voyeurisme, sarcasme, voilà un mauvais procès que certains qui regardent trop vite ces images sont encore tentés, aujourd’hui, ici, de faire. C’est s’abstenir de voir qu’une confiance, voire une complicité, se sont nouées entre ces personnes et le photographe. La manière qu’elles ont de s’offrir, de sourire en témoignent pourtant. À partir de la deuxième moitié des années quatre-vingt dix, cette complicité va permettre à Roger Ballen d’ouvrir son travail à de nouvelles perspectives. Continuant sa galerie de portraits environnementaux, il fait, parallèlement, interpréter à ses sujets des rôles tragi-comiques dans des mise en scène à la fois drôles et cruelles, ingénues et ironiques. Les caractéristiques physiques, les capacités d’expressions de visages sont ainsi utilisées dans des tableaux baroquisants qui transforme les personnages en figure universelle de quelques drames universels. Parce que pour Roger Ballen « ce qui est important, c’est l’essence de l’humanité et la façon de le traduire. Le souci essentiel est la forme que je dois trouver pour illustrer mon propos ». C’est pourquoi, d’autres fois, il adjoint aux éléments humains, et sans établir de hiérarchie, des fils électriques, des petits animaux, souris, chiens, lapins, des bâtons, des masques, des dessins naïf ou des murs à la peinture écaillée pour compléter la composition.

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