Réel en option

3 juillet au 16 septembre 2002
Gilbert Garcin, Teun Hock, Luc Chéry

Le travail de ces trois artistes repose sur la mise en scène. Généralement, on attend de la photographie qu’elle soit une empreinte d’une portion de réel visible, Gilbert Garcin, Teun Hocks et Luc Chéry cultivent le paradoxe de photographier le réel de leur imaginaire. Ce qui existe en fait, pour être enregistré sur la plaque argentique, n’est pas donné communément, il l’ont choisi et voulu comme réel. Construction de décors, manipulations, installations sont au cœur du dispositif créatif. Ainsi, s’affranchissant du statut documentaire de la photographie, ils produisent pourtant des images qui questionnent l’homme dans son rapport au monde.

Gilbert Garcin et Teun Hocks sont leur propre modèle qu’ils installent dans des saynètes tragi-comiques. Ils ne font pas pour autant des autoportraits. Le personnage récurrent, qui peut nous les faire rapprocher de Charlie Chaplin ou Jacques Tati, est à la fois chacun d’eux et l’homme occidental en général.
Avec trois fois rien (quelques matériaux pauvres, colle et ciseaux), Gilbert Garcin bricole des petits décors, puis s’y introduit et se regarde vivre. Nous regarde vivre. Dans ces images noir et blanc, avec humour et un sens aigu de la dérision, il ne cesse de questionner les rêves de grandeur et de reconnaissance des humains et de les confronter à leurs vains efforts.
Teun Hocks, lui, pour faire sa photographie, évolue avec ses accessoires rudimentaires devant un décor en toile peinte ; un fond en noir et blanc de grande dimension, qu’il fabrique en fonction de son scénario. En magicien talentueux, il force le spectateur à la crédulité, en lui faisant croire un court instant que ce qu’il voit est « vrai ». Il joue de la vraisemblance de la photographie à plus d’un titre : les couleurs de ses grandes images, notamment sont plus vraies que nature. C’est qu’il les applique méticuleusement au pinceau fin sur le tirage noir et blanc. Oscillant imperceptiblement entre le grave et le dérisoire, Teun Hocks dissimule ses angoisses par l’humour. Largement influencé par le surréalisme poétique, son œuvre n’en reste pas moins nourrie d’un vif sens de l’absurde.
Ainsi les images de l’un comme de l’autre trouvent leur force dans l’écart entre l’économie de moyens mis en œuvre et l’efficacité de leur double capacité à attirer le sourire comme à susciter la réflexion. C’est en cela qu’on peut trouver à ces auteurs une familiarité avec les meilleurs illustrateurs de presse.
La problématique de Luc Chéry fait appel à d’autres ressorts. La recherche du plaisir visuel est évidente mais sous-tend une position critique sur les actions de l’homme en abordant des sujets comme la pollution ou la précarité dans les camps de réfugiés, par exemple. Il propose un travail réalisé à partir de dispositifs constructifs détournés en boîtes à images. Des objets et matériaux trouvés, travaillés par le temps et sélectionnés en fonction de leur expressivité singulière, sont mises en scène dans des compositions visant ainsi à des jeux de rencontres formelles. Lumières, transparences, effets de matières se télescopent en un tableau coloré. L’engagement de dénonciation de l’artiste n’en est cependant pas moins évident.

Réel en option comme possibilité de mettre en vue le réel d’une pensée.

Jean-Marc Lacabe