Claude Fauville

Après des études de dessin et de sculpture, Claude Fauville a choisi la photographie pour se consacrer exclusivement à la représentation du corps féminin. Où d’autres s’attachent à mettre en évidence la beauté des lignes dans une approche purement plastique et contemplative, il cherche à saisir les états intérieurs suscités par le désir et à interroger la part de mystère que révèlent des corps livrés à la volupté Les poses peuvent souvent paraître provocantes, mais dans un registre décalé par rapport aux codes de la séduction classique. Pas de place ici pour le clin d’oeil, aucune invite, pas de trace d’incitation à la débauche. Ces femmes sont prises dans des attitudes qui ne s’adressent pas au regard, à la connivence de l’objectif voyeur du photographe. Elles semblent ne pas lui prêter attention. Enfermées dans leur monde allongées sur des couches ,accroupies, à califourchon sur des chaises, les jambes écartées, le visage couvert d’ombre et projeté vers le ciel, le corps livré aux contorsions, aux affres du désir, elles sont là, excessives, elles se posent là, fiévreuses, comme en attente d’une irruption extérieure, qui viendrait les délivrer, les dévoiler, les déplier, les détendre. Leur apparente impudeur liée à l’extrême discrétion de la présence du photographe, suscitent une ambiguïté dans le rapport du couple regardeur regardé et concourent à produire des images chargées d’un érotisme trouble où sous les voiles, les draps, les masques, la chair exulte. Fauville travaille sur cette frontière difficile, mal définie, entre le nu, et un érotisme violent. Il y fait face et s’y maintient en équilibre fragile par le choix d’ une esthétique baroque faite de surcharges et d’enfouissements. A la prise de vue d’abord où ses mises en scène complexes ensevelissent le corps sous les voiles, les étoffes, les gazes , la terre, la boue, doublé plus tard d’une absorption du sujet dans la matière photographique elle même par le recours aux flous de mise au point, de bougé ou de tirage qui participent au trouble. Et c’est sans doute dans sa série de tirages au palladium sur papier aquarelle rehaussés aux pastels gras que l’art de Fauville prend toute sa mesure , voire sa démesure . Cette technique ancienne qui mêle peinture et photographie accentue la fusion des corps avec leur environnement et absorbe l’excès de lumière sur ces poses qui transgressent souvent les limites et les conventions du genre. S’il y a chez Claude Fauville nombre de références historiques, on pense à Rubens, à Boucher, à Klimt pour la peinture à Canova ou Bernini pour la sculpture, aux pictorialistes pour la photographie, ce n’est jamais par goût de la citation à la façon des post modernes mais parce qu’il trouve dans ces emprunts, par cette circulation dans l’histoire de l’art , grâce au métissage des pratiques artistiques, des voies nouvelles qui lui permettent d’explorer ces territoires où se joue et s’inscrit une certaine beauté de l’exaltation”. {{Dominique ROUX}}”