Bernard Faucon

Bernard Faucon est originaire du Luberon. Il y est né en 1950. Paysages et lumière de ce coin de Provence l’ont toujours fasciné. Il a cessé de peindre en 1976. Des acryliques légères dans les bleus, lés jaunes, les noirs où il se représentait enfant d’après des photographies familiales. La rencontre de mannequins, en cire ou en bois, dont il fait un temps commerce, l’emmène vers la photographie. Il invente des images, les met en scène dans le décor de son enfance, choisissant leurs cadrages avec minutie, habillant ses mannequins, creusant, transportant, fixant en l’air ou au sol, des accessoires ; aidé d’amis ou d’assistants improvisés. Bernard Faucon construit son monde et plante son trépied. Quelques essais, quelques modifications d’éclairage, puis il allume ses feux, fait partir ses bombes, dirige les fumées avec la complicité du vent… une bobine 6×6 ou deux d’ektachrome et c’est terminé. Avec précaution il range la scène. Tout repart au studio… et cela une quinzaine de fois par an. Les diapositives choisies vont avec lui dans l’atelier de Michel Fresson, quatrième génération d’un artisanat venu du siècle dernier et seul au monde capable de réaliser, avec des pigments naturels, des tirages couleurs au charbon, indifférents à la lumière et résistant au temps. La dernière étape : des tirages 60×60 en 5 exemplaires et les images vivent ensuite leur propre vie, d’expositions en expositions, à Paris chez Agathe Gaillard, à New York chez Castelli ou à Tokyo. Se confiant à Hervé Guibert, Bernard Faucon dit : Je nourris mes images d’une expérience de l’enfance à laquelle je reviens toujours : chaque fois que je me mets en condition de penser à une image, chaque fois que je veux la préciser, j’ai recours à une expérience primitive. Pour moi, c’est une garantie d’authenticité… – De plus en plus, les mots qui me viennent pour parler de photo sont des termes qui font appel au surnaturel, transfiguration, miracle, éblouissement. Ça n’a pas de connotation religieuse, c’est l’idée du décrochage, du changement de plan. A partir d’un certain moment, tu ne peux pas rester lier à l’enfance sans aboutir à l’égoïsme. La seule chose qui peut te sauver d’un arrêt du temps, d’un recentrement sur soi, d’une pétrification de tous les centres d’intérêt, est une certaine folie, non pas une folie destructrice, non pas une folie d’en bas, mais une folie d’en haut, une extrapolation de soi-même au lieu d’un arrêt sur soi. Comme si à un moment donné, au lieu de chercher l’enfance derrière soi, il fallait la chercher devant soi”. Et l’image vient avec des titres fabuleux : Les grandes vacances, Le verre cassé, Les papiers qui volent, Le goûter des rois, La neige qui brûle, La vie éternelle, La Cène, La chambre qui brûle, La neuvième chambre d’amour, La chambre en hiver, La chambre d’or, La coupole d’or… soit, toute une série de contes colorés et traversés de fulgurantes visions. Puis vient dans ses travaux les plus récents, le temps des “écritures”. A partir de son écriture manuscrite, il fabrique de grands mots en bois de 50 cm à 1 m de haut : “Je les couvre d’une matière réfléchissante et j’installe mes phrases dans les paysages du Maroc, du Vietnam, de l’lle d’Elbe, de Provence… paroles simples, sans lyrisme où s’inscrivent sans apprêts ces “prophéties de désenchantement” . “La vie est une tragédie voluptueuse. Mais si on ôte la volupté, la tragédie palit, c’est un plat désert où tout se tait”. Jean Dieuzaide”