Michel Semeniako

Ce qui frappe dans l’oeuvre de Michel Séméniako, c’est la constance d’un regard partagé entre la transparence et l’artifice de la photographie. Ce n’est pas du post-modernisme” souligne-t-il, “ni un problème d’effet esthétique. La chose importante c’est qu’à partir du moment où la technique me permet de m’ouvrir les horizons, ce n’est plus un procédé mais une façon de réécrire le monde”. Ancien assistant de Lucien Clergue (ainsi que comédien de Jean-Luc Godard : c’est lui qui joue Henri le “révisionniste” dans la Chinoise), Michel Séméniako quitte la photographie après Mai 68 pendant presque dix ans, passant du cinéma militant à la réalisation audiovisuelle professionnelle. Quand il reprend son appareil en 1979, il retourne à l’endroit même où il avait arrêté -sa région natale en Haute-Savoie- pour un travail de jour et de nuit sur les lapiaz (rainures) des roches calcaires alpines. Au début des années 80 il entreprend ses premières “images négociées”, exécutées en concertation avec les patients des pavillons psychiatriques des hôpitaux de Poissy et de Saint-Dizier. Ce principe de négociation, visant la perte d’identité et l’exclusion de ces populations enfermées, sera étendu par la suite aux jeunes banlieusards de Torcy (1985) dont il tirera une série en couleur “Les mobs”, aux regards croisés de deux générations d’habitants à Douchy-les-Mines (1991) et même aux amis artistes de Séméniako (1988). Pendant la même période, il poursuit son “travail de nuit” à la recherche du sacré, auprès des arbres, des pierres, des lieux rodés par l’Histoire. Grand voyageur, il réalise ses images en Chine, en Inde, en Afrique avec pour seules sources d’éclairage des lampes de poche plus ou moins puissantes. Libérant l’obturateur, il parcourt le champ photographique en tous sens, dosant l’intensité lumineuse, soulignant les contours qui l’intéressent pour, petit à petit, touche après touche, faire naître des ténèbres un véritable tableau noir et blanc. Car s’il existe une oeuvre photographique située aux confins de la peinture c’est bien celle de Séméniako. Sur la toile noire de la nuit, il dessine avec ses pinceaux-de lumière un autre paysage quelque part situé entre son rêve et la réalité. Véritable rituel qu’il répète au hasard de ses voyages, de ses rencontres, de ses découvertes, d’image en image avec la patience du magicien et le désir de transformer chaque prise de vue en véritable “expérience” photographique. A force de la côtoyer depuis cent cinquante ans, nous oublions souvent la fascination inhérente à la photographie. Ce sont le sujet parfois douteux, l’esthétique, la technologie (vive le Cibachrome !) qui l’emportent hélàs, sur l’alchimie de la lumière transformée en image. Si Michel Séméniako, à l’instar des premiers photographes-explorateurs du XIXè siècle, nous fait découvrir des mondes inconnus il nous fait redécouvrir en même temps cette magie de la photographie : un véritable mystère. Les Editions Marval ont regroupé la majeure partie de ses images dans un superbe livre “DIEUX DE LA NUIT” avec lequel il a obtenu le Prix Nadar 1992, attribué par l’Association des “Gens d’Image”. Michel Séméniako appartient à la dynamique Agence Métis, animée par un souffle de fraîcheur et d’authenticité dont le Château d’Eau souhaite présenter “l’esprit” début 1994.”