Aérographismes

L’IGN recrée-t-il le monde ? Né en 1940, établissement public depuis 1967, il est l’héritier direct du Service Géographique des Armées qui a donné le jour à la célèbre carte d’État-major.Il est ainsi investi d’une double mission : dresser et mettre à jour la carte de base de la France et les cartes qui en dérivent. Il y a loin entre la carte d’Etat Major, levée à pied, établie à 1 : 80 000, qui couvre le territoire en 273 feuilles, représentant le relief par des courbes de niveau. Les séries Orange (1:50 000), Verte (1:100 000), Rouge (1:250 000), qui en découlent, sont adaptées aux besoins multiples du grand public. Pionnier depuis 50 ans en matière de cartographie, l’IGN maîtrise l’ensemble des techniques devenues traditionnelles (géodésie/nivellement, photographie aerienne, photogrammétrie…) et s’est engagé résolument dans une véritable mutation technologique visant à la maîtrise de techniques de pointe et d’activités nouvelles. Le développement des procédés de traitement numérique, l’amélioration des définitions des images spatiales et l’exploitation rationnelle des photos aériennes autorisent l’élaboration de cartes thématiques : telles les cartes d’occupation du sol, d’inventaire et d’évolution, à différentes échelles, dans les domaines urbain, agricole, forestier…ou les cartes des pollutions ou les cartes de prévention (des avalanches, des incendies de forêt). Le souci d’une meilleure lisibilité a abouti à des innovations spectaculaires, ainsi les cartes en relief ou les anamorphoses. La carte n’est plus le seul support pour figurer le relief. L’image satellitaire plaquée sur un MNT (modèle numérique de terrain) sera-t-elle la carte de demain, tandis que des logiciels comme TRAPU trace automatiquement les perspectives urbaines ? Au moment où l’ordinateur se fait artiste-cartographe, où il épouse, en un mariage parfait, le satellite, surgissent des reliefs fantastiques… A l’aube de l’an 2000 la spatio-carte et les bases de données informatiques sont venues révolutionner le monde de la cartographie. L’écran remplacera-t-il un jour le papier ? Pour l’instant l’image photographique est présentée telle au sortir du laboratoire : des images brutes permettant à l’œil de celui qui regarde un voyage dans l’imaginaire, les vues aériennes obtenues s’apparentant, en effet, davantage à des graphismes qu’à des représentations objectives des espaces photographiés depuis 4.000 mètres d’altitude.

Réflexions autour des images de Spot

Une fierté justifiée se lisait sur les visages des Toulousains en Février 1986 à l’annonce du succès de la mise sur orbite du satellite SPOT 1 par le lanceur ARIANE dans la nuit du 22 au 23 depuis le Centre Spatial de Kourou. Dès le lendemain 23 Février, SPOT 1 transmettait ses premières images : elles confirmaient l’excellente qualité, attendue par l’équipe d’ingénieurs du Centre National d’Etudes Spatiales de Toulouse, concepteurs du projet dès 1978 et matérialisé le 30 Juillet 1982. C’est pourquoi nous avons tenu ce mois d’Août 92, à marquer ce dixième anniversaire. Les ingénieurs de SPOT se sont donné comme but de photographier notre planète aux fins de faire une cartographie plus précise, l’exploration géologique, pétrolière et minière, permettre la gestion et l’aménagement du territoire, la prévision et le suivi des récoltes, la surveillance des catastrophes naturelles et autres… Le projet dans son esprit est similaire, quoique plus sophistiqué, à celui que NADAR raconte dans ses souvenirs écrits avec une verve juvénile vers 1853. Il fut le premier à faire des vues aériennes depuis ces fameux ballons qui faillirent lui coûter la vie. Il pensait que l’aérostation photographique pourrait servir à plusieurs fins et notamment permettre des levées de plans donnant à des chefs d’année, des indications sur les mouvements de l’adversaire” . Pour Toulouse, devenue ville de pointe des technologies modernes, le succès de SPOT est un atout supplémentaire de plus il s’ajoute aux événements qui honorent notre ville en matière de photographie depuis 1850. Nous sommes entrés aujourd’hui depuis environ deux décennies dans une phase de recherche unitaire découlant de l’utilisation, par les électroniciens, des propriétés de reproduction objectives et précises de l’appareil photographique. La science, grâce à cet usage inattendu, progresse maintenant à une vitesse exponentielle vers une quête dont l’unité réside dans cette soif de découvrir les origines du “grand boum” ! Si l’on reste sceptique sur le résultat de cette recherche (le cône d’ombre en la matière s’élargissant au fur et à mesure que s’agrandit celui de lumière), nous sommes obligés de convenir cependant qu’elle nous mène à découvrir l’universalité de la Création. A l’invention succède la réflexion… et tout n’est pas encore dit… et ne le sera pas dit de sitôt. Depuis plus de 160 ans, avec une irrésistible force, la photographie nous conduit de l’émerveillement du début à l’interrogation métaphysique d’aujourd’hui. “Cette photographie, dite seulement mécanique et sans âme, et qui ne semblait capable que de nous livrer le monde “nu et cru”, nous montre de quelle manière elle peut être “maîtresse de vérité” en nous apportant la meilleure preuve qu’il soit de la relativité et des limites de notre façon de voir ce monde”. La recherche scientifique, comme elle n’avait jamais pu le faire auparavant, génère aujourd’hui, d’un infini à l’autre, des images de toute nature. Au-delà des précieux moyens d’observation et d’information qu’elles nous apportent, ces images sont aussi, et c’est le cas de celles que nous offre SPOT, des révélations sur la beauté de notre planète et de la Création. La création scientifique comme l’art, repose au premier chef sur l’imagination des hommes. Cette complémentarité, et maintenant les échanges qui en découlent, peuvent faire comprendre au public l’évolution extraordinaire de la recherche depuis qu’elle investit le monde de l’image photographique. C’est heureux pour notre entendement à qui l’on offre ainsi la possibilité de lever un coin du voile qui recouvre les mystères de l’univers. Les images de SPOT rendront plus sensible encore au visiteur le fait que la Recherche et la science s’appuient très fortement sur une composante esthétique qui leur sert à la fois, je pense, de guide et d’aboutissement. Elles vont aider à bâtir ce pont de plus en plus indispensable entre la science et ce que l’on appelle traditionnellement la culture artistique : pont qui sera vraisemblablement le facteur susceptible de nous mener vers les rives du troisième millénaire, selon la prophétie d’André Malraux. Le processus d’exploration s’accompagne d’un progrès correspondant dans le domaine des instruments de recherche, basés sur des modèles existants : SPOT est un appareil photographique sophistiqué : ses frères cadets le seront encore plus. Cet emploi que la science fait de l’image est d’autant plus passionnant qu’il permet le rapprochement d’activités semblant jadis bien différentes, telles les activités scientifiques et artistiques. Il nous sera plus aisé de comprendre aujourd’hui, et certainement mieux demain, comment dans la lumière d’un tableau de Giotto ou dans une &#339