Thiery Blandino

J’ai longuement repardé ces photographies de Thierry Blandino. Longtemps cherché derrière ce qu’il est convenu d’appeler du reportage”, m’attirait, me prenait, monopolisait mon attention, alors que d’habitude, sur ce genre photographique, je passe. Je veux dire : je prends bonne note de ce qu’elles me montrent et… basta…, je passe ! Il y a tant de choses à découvrir dans ce bas monde, et si peu de temps… alors des images de jazz, de boxe, de pèlerinages andalous, et autres sujets rabachés à l’excès, photogéniques en diable,… basta… je passe ! Car le plus souvent, à force d’être couverts et recouverts par les photographes, ces événements finissent par être totalement ensevelis sous des tonnes de regards convenus. Je regarde ces photographies de Thierry Blandino, et ce qui maintenant me saute aux yeux, c’est qu’elles ne “couvrent” justement rien du tout. Prises à des lieux, à des événements, à des situations, elles ne nous en disent, ne nous en rapportent (reportent) que peu de choses. Aucune révélation, aucune illustration, aucun message, pas la moindre trace d’anecdote. Alors, amateurs de jazz, de boxe, de pèlerinages, de lumières andalouses, badauds de cimaises, circulez, y’a rien à voir ! Des photos, comme dirait l’autre,sans “studium”,impropres à la consommation,inutilisables. Et c’est justement là, à partir de là, que ces images dites “de reportage” m’arrêtent, m’attirent, me saisissent, et ne me lâchent plus. Comme ces fruits sauvages et autres champignons vénéneux, qui ne sont là -attention poison- que pour être mangés des yeux. Ces images de reportage qui ne rapportent rien, impropres à combler notre appétit “d’en savoir plus”, à rassasier notre boulimique besoin de “connaissance du monde’, ces images qui “ne me disent rien” mais qui me touchent, je n’en finis pas de les regarder. Elles sont là et défilent au banc titre comme les traces d’une attention flottante. Comme ces mots, que sous une apparente distraction, le psychanalyste attrape au vol., retient du flot verbal de son patient et qui d’un seul coup d’un seul, éclaire d’une lueur nouvelle son histoire. Elles sont là, décadrées, basculées, suspendues, arrachées de leur contexte, au temps qui file et continue sans elles. Elles s’accrochent les unes aux autres, s’enchainent en file indienne, en planche contact, au coup par coup. Suite d’apparitions, de moments plus ou moins indécis, de jeux d’ombres et de lumières, de flous de filé, d’éclairs d’open flash, d’irruptions de gros plans, d’affrontements de formats, qui finissent par créer un climat, un tempo, une partition musicale qui pourrait être bien alors celle d’un film sur… le jazz, la boxe, un pèlerinage andalou… etc Et c’est sur cette petite musique d’images que je découvre au détour d’une page les textes de Luc Sarion. Hors champ, en voix off, parfaitement ciselés, ils prennent leur source au creux de l’image photographique, là où elle produit ce vide, ce vertige et où sans risque de redondance ils peuvent s’inscrire en véritables légendes. Une à une elles prennent racine au pied de la lettre de l’image pour croître et se développer dans un monde imaginaire où l’humour le dispute à la poésie. Le monde de Luc Sarion bien sûr qui s’éclate d’un rire halluciné par l’absorption massive de photographies d’un Thierry Blandino dont il avait pourtant été écrit plus haut : Attention poison ! Dominique Roux Exposition réalisée avec 1 ‘aimableconcours du Groupe CRP, de DIALOGICS, de PICTO et de la Région Midi-Pyrénées.”