Daniel Lainé

En 1991, il reste quelques centaines de rois importants en Afrique. Leur prestige n’a pas disparu. Véritables relais administratifs et politiques on les consulte sur les décisions importantes concernant leur pays. Aujourd’hui encore des milliers de personnes vivent sous leur férule dans des palais immenses. Ils ont inquiété les colonisateurs et inquiètent toujours les régimes apparus après l’indépendance. C’est normal : leur lignée remonte parfois à l’an 1000 et leur pouvoir reste chargé de symboles magiques. En Afrique, le pouvoir légitime est sacré. Le Dieu créateur l’a confié à l’ancêtre. Depuis, il s’est transmis au plus méritant et au plus valeureux de la communauté : celui qu’on appelle l’Oba, le Msiri, le Ooni, bref, le Roi. Ces Royaumes historiques, que certains spécialistes font remonter au Vile ou VIe millénaire avant J.C., ont été purement et simplement occultés par le traité de Berlin (1885) qui délimite le partage de l’Afrique entre les différents pays européens sans tenir compte des frontières ethniques sur lesquelles reposaient les dynasties en place. Français, anglais, belges et allemands se livrent alors à une lutte de conquête effrénée. Ils extorquent aux rois africains illettrés une signature au bas d’un traité de protectorat qui leur confisque tout leur pouvoir, ceux-ci pensant signer un accord d’échange commercial. Les rois rebelles sont déportés dans des colonies lointaines. En deux générations, la colonisation a supprimé les pouvoirs des rois mais a aussi fait perdre aux monarques ‘médiévaux les droits de vie et de mort sur leurs sujets. Depuis 1960, certains gouvernements africains ayant institué le système du parti unique, cherchent à diminuer leur popularité qui renaît depuis la crise économique. On les évince des instances politiques du pays, on leur dérobe leurs objets sacrés, symboles de leur pouvoir… Daniel Lainé, photographe à ACTUEL est allé à leur rencontre et a photographié tous les représentants des dynasties qui ont survécu à la colonisation. L’exposition présente 54 portraits géants (1m x lm) de ces grands rois en costumes traditionnels et officiels et rend compte de plus d’un an de travail sur le terrain. Pour ce témoignage inédit, qui rétablit tout un pan de l’histoire de l’Afrique trop longtemps méprisée, Daniel Lainé a obtenu le Prix de la Villa Médicis Hors les Murs 88 et le World Press 91 catégorie People and the News. Exposition réalisée avec le soutien d’ACTUEL, PUBLIMOD’PHOTO, KODAK, AIR AFRIQUE, RADIO NOVA, La GRAND HALLE-LA VILETTE”