Patrick Galibert

Après des études de photographie à l’>Jl’PA de Toulouse dont il sort major de sa promotion et où il enseigne aujourd’hui, Patrick Galibert obtient en 1988 la Bourse hors les murs de la Villa Médicis”. Elle lui per-met de passer six mois aux Etats-Unis et d’y réaliser deux séries d’images La première, déjà exposée à la Galerie St Cyprien de Toulouse, révélait un photographe plein d’humour qui, à raison d’un autoportrait par jour, réalisé dans les endroits les plus insolites de New-York, nous donnait de son séjour une vision que n’aurait pas reniée Woody Allen. Aujourd’hui, comme en contre-champ, Patrick Galibert nous livre une série de portraits d’étudiants américains. Etudiants en photographie qu’il a sélectionnés sur leurs travaux personnels et dont il montre les fragments en même temps qu’en vis-à-vis il les épingle dans leur cadre de vie. Images prises au grand angulaire, tirées plein cadre, empreintes d’ironie et de distance, où les mises en scène, les éléments du décor, l’artifice voulu des poses, les gestes en porte-à-faux, se conjuguent pour créer des séries de “situations photographiques” qui viennent rejouer l’univers, les références et les obsessions de ces jeunes artistes américains,. En prenant le contre-pied du portrait psychologique ou sociologique, Patrick Galibert invente avec la complicité de ses modèles-étudiants photographes, des “fictions” qui ne renvoient à d’autres réalités qu’à des reflets de leur théâtre intime. Et c’est bien là l’intérêt essentiel du travail de Patrick et la modernité de sa démarche. Car nous le savons bien depuis Barthes, que “La photo-portrait est un champ clos de forces où quatre imaginaires se croisent, s’affrontent, se déforment” et que la trace qu’il nous reste n’est pas le résidu de quatre images : celle que le sujet se fait de lui-même, cette autre qu’il veut donner au photographe, celle que, derrière son objectif, le photographe se fait de son modèle, et celle enfin, dont il se sert pour exhiber son art. Aujourd’hui, la pratique du portrait est devenue résolument plus collective, plus interpersonnelle, plus ludique aussi et si la photographie y perd en “naturel” (?), elle y gagne, à mon avis, en intensité. Car il ne s’agit plus pour le photographe d’attendre le moment décisif de l’apparition fugitive d’une “expression vraie” (Nadar), ni pour son modèle, la sortie du fameux petit oiseau arracheur de sourire, mais de susciter, de provoquer,de déclencher des réactions à une situation photographique donnée. Dès lors, tous les moyens deviennent bons pour y parvenir et notamment la mise en scène, le travestissement, la distanciation, qui transforment le modèle en “acteur” de son propre portrait. Et c’est là le propos de Patrick Galibert : nous montrer, preuves à l’appui, que face à l’objectif, nous ne cessons de nous imiter, de jouer à être nous-même… cet autre qui là-bas, sans doute et mine de rien, détient notre plus grande part de vérité. Dominique Roux”