Patricia Desmarquest

1er au 31 octobre 1989
Choréphotographies

En 1981, on demande à Patricia Desmarquest un autoportrait. Elle souhaite que cet autoportrait soit l’analogie d’une réalité intérieure. Rendre visible l’invisible… le vœu de Kandinsky, de Klee, pour la peinture. Mais elle ne parvient pas à forcer la frontière de l’apparence. Une réflexion s’en suit: elle se rend soudain compte que l’ennemi numéro un, c’est la fixité inconditionnellement requise du corps et du visage. Une fixité qu’elle n’a jamais, jusqu’à présent, songé à mettre en cause parce qu’inscrite dans un rituel appris et admis de longue date. Or, cette fixité, c’est la négation même du mouvement ininterrompu de la conscience affective, elle-même inséparable du mouvement ininterrompu du corps (Patricia n’a jamais considéré les chorephotographies comme photos de nu, mais comme photos de corps, rappelons-le). On retrouve ici la coïncidence des opposés platonicienne entre motus corporis et motus animae.
Pour la psyché comme pour l’œil, il est vrai, tout est déplacement, tout est passage – ce que la photographie trahit généralement par recours au discontinu. Particia Desmarquest va donc bouger face à son appareil en vue de faire de l’autoportrait demandé le «rendu photographique d’un présent continu » plutôt que discontinu. Elle va parvenir à ce qu’elle nomme la « durée pure », c’est-à-dire «la perception visible du temps dans l’espace parcouru ». Cette «durée pure », qui tente aujourd’hui certains, ce n’est rien moins que la conquête du temps réel par la photographie.

Gérard Le Coat