Cercle des XII

1er au 31 mai 1989

Cette jeune fondation met au point une discipline nouvelle : fini le classicisme forcené dans les images; abandon du pictorialisme, recherche d’une image plus authentique, bannis les effets rappelant la peinture ou le dessin; faire des images choc, vraies, sans artifice, que ce soit dans la photographie de portrait, de l’humain, de la nature morte ou de la recherche personnelle. Causeries théoriques et techniques sont exclues, on réfléchit sur la prise de vue.
Présidées à tour de rôle par chacun des douze membres, les réunions mensuelles sont consacrées à une critique sans concession des photographies présentées: celles qui trouvent grâce sont destinées aux compétitions et autres challenges nationaux et inter-nationaux. La première équipe en plus des fondateurs comprend: Madame Chaumel, Messieurs Barthère, Bascou, Chabosi, Chene, Devienne, Farrera, Hebrad, Maurandy et Milhes.

La nouvelle formule est bonne. Dès la première année, l’œuvre de cinq membres du Cercle est admise au Salon de Paris: une consécration ! En 1939, la guerre met fin à ces brillantes activités. Privé de produits et de films, le « Cercle des XII » ne revivra qu’après la Libération en 1946 avec l’appoint de quelques nouveaux membres. Si la discipline ne se conçoit plus de la même façon, les réunions n’en restent pas moins passionnées, chacun défendant âprement son œuvre… des discussions épiques !
Expositions, salons internationaux et concours organisés par les clubs du monde entier, sont alors les seules vitrines des photographes, mais la présentation laisse à désirer: un mur d’images, près d’un millier, côte à côte, non encadrées et disposées les unes au-dessus des autres sur trois rangs. Seules les images fortes se détachent de cette profusion. Dans cette pagaille organisée se mesure, en principe, «l’étoffe » du sélectionné. Je dis bien «en principe» car les jurys sanctionnant les images n’ont pas toujours les compétences requises. Nous avons eu souvent l’exemple d’images mal notées, devenues aujourd’hui de grands classiques publiées dans les livres sur l’histoire de la photographie…
A mon sens, la compétition ainsi comprise, par médailles et diplômes interposés, fausse le jeu : le photographe est tenté de faire des images séduisant un jury connu pour ses goûts, afin d’en espérer des récompenses.
Par contre, il faut reconnaître que l’« émulation Photo Club» sérieuse, est encore comme elle l’a été, le marchepied de quelques grands noms. Ceux-là ont su se détacher du fallacieux appât de la « médaille» pour mieux se consacrer à l’authenticité de la photographie et au seul plaisir de la faire. L’homogénéité sous cette forme est toujours difficile à constituer, c’est pourquoi les membres du « Cercle des XII », choisis pour leur aisance et leur authenticité, sont recrutés également dans les départements voisins. Les années fastes 50, 60, 70 sont aussi celles des grands moments du Cercle qui sort de la routine des compétitions en organisant des expositions à thème au Palais des Beaux-Arts à Toulouse : exposition des images de la Bibliothèque nationale, de la photographie Suisse, de la photographie Italienne, etc., à Paris : Maison de Toulouse-Midi-Pyrénées.
Le Cercle crée l’événement en faisant entrer, pour la première fois en France, la photographie dans « le Musée », lèse-majesté peu appréciée de certains…! Il révolutionne la présentation des expositions avec de très grandes images d’un mètre carré et plus, accrochées dans le cloître renaissance du Musée des Augustins (c’est aujourd’hui la grande mode à Paris). A l’une de ces manifestations, en 1971, le Professeur Ourliac, responsable de la Culture, accepte le principe de créer, à notre demande, un département photographie et le Château d’Eau ouvrira ses portes en 1974.
Hélas, la vie moderne prive de loisirs les gens actifs et ces dernières années, les dates des réunions concordent difficilement avec les occupations de chacun. De plus, la photographie évoluant sous l’impulsion des Rencontres d’Arles, devient plus rigoureuse dans son fond et dans sa forme. Le « Cercle des XII » est partagé et ne peut plus satisfaire aux activités avec l’esprit d’autrefois. Le « Photo Club Toulousain » suit le même chemin : le phénomène, à quelques exceptions près, est assez général.
Les idées nouvelles en direction d’activités semblables à celles du Château d’Eau, dès 1974, font école : elles sont le fait de quelques forcenés dont la passion est née souvent au sein des « Photo clubs ». « Photo club» ! Une appellation inadéquate, portant préjudice à l’esprit profond de la photographie: les gens bêtement critiques posent la question: « Existe-t-il des «Peintures clubs » ? ». A Toulouse les peintres amateurs ou non, se sont regroupés sous le vocable « Les Méridionaux» et quelques photographes, ont bien fait de se regrouper sous celui de « Cercle des XII ». Leurs images aujourd’hui surprennent par leur modernité ; elles n’ont pas grand-chose à envier à celles faites en 1989 et de plus, elles portent en elles ce parfum discret des choses d’un proche passé.

Jean Dieuzaide

De 1946 à aujourd’hui ont appartenu au Cercle des XII : Messieurs Barregat, Barthere, Barthes, Bascou, Chabosi, Charbonnières, Madame Chaumel, Messieurs Cousin, Cros, Didier, Dieuzaide, Dumoulin, Gazeaud, Holmière, Laboye, Laurentie, Mouton, Montsarrat, Pidoux, Renoult, Saltel, Soula, Tournan, Varga.