Patrimoine de l’Artothèque

1 au 31 septembre 1988

Au mois de Septembre, le Château d’Eau présente habituellement ses acquisitions récentes. Son souci étant aussi d’entretenir de bonnes relations avec les structures culturelles de la Ville, il est heureux de mettre ses cimaises à la disposition de l’Artothèque municipale, dirigée avec autorité par Aliette ARMEL-PELIGRY. Cet organisme d’un intérêt didactique et culturel de premier plan par l’originalité de sa démarche, acquiert photographies, lithographies, estampes et gravures pour les prêter.

C’est une partie de ce patrimoine que nous vous présentons. Ceci nous permet aussi de rendre hommage à deux grands confrères américains Alfred STIEGLITZ et Edward STEICHEN, en renouvelant, 80 ans plus tard, une initiative heureuse : elle est un moment historique de la peinture française, connue des seuls initiés et injustement tenue sous silence parce qu’elle est à porter au crédit de la photographie.
“Il est remarquable, écrit Jean CASSOU dans les Sources du XXème siècle, que les premiers coups portés à la monopolisation de l’art par le philistinisme de la plus puissante des bourgeoisies d’affaire des Etats-Unis, l’ait été par un PHOTOGRAPHE Alfred STIEGLITZ, dans les dernières années du XIXème siècle”.

On ne soulignera jamais assez l’influence que cet homme exerça sur l’art dès le début de notre siècle. Son intérêt pour la photographie créatrice le conduisit tout naturellement à s’intéresser à toutes les formes de l’art. il introduisit en Amérique les nouvelles tendances de l’art français en exposant, le premier en 1905 dans sa petite galerie de photographie “291” de la Cinquième Avenue, en même temps que les œuvres photographiques de ses amis du “Camera Club” de New York, les dessins de Rodin, les tableaux de Cézanne, Picasso, Matisse, du Douanier Rousseau, de Braque et les lithographies de Toulouse-Lautrec et de bien d’autres.

Son ami STEICHEN photographe, qui fonda la très importante section de photographie du “Museum of Modern Art” à New York,rencontra Rodin à Paris, suggéra à STEIGLITZ la tâche qui allait devenir la mission de toute sa vie : faire connaître l’art au public, éduquer son goût, bref, imposer une mutation profonde à l’art des Etats-Unis et par contrecoup au monde entier. C’est pourquoi Rodin fut le premier à être exposé à New York, et voir ses œuvres reproduites dans la revue photographique “Camera Work” éditée aussi par STIEGLITZ. Il en fut de même pour toute la peinture impressionniste française.

C’est la raison pour laquelle les grands musées américains et plus spécialement les trois grands musées de New York, pos:3èdent les plus belles et les plus importantes collections du peinture française du XXème siècle que nous n’avons pas su retenir che2 nous : Elles sont en compensation les meilleures ambassadrices de notre pays.
Merci à la photographie.

Jean Dieuzaide