Trésors de la SFP

1er juillet au 31 août 1988

La photographie, nous l’oublions trop souvent, est invention française. Comme il se doit, c’est en France que se trouve le fonds le plus complet d’images sur les débuts d’une des plus fabuleuses inventions de tous les temps autour des ondes de la communication.

Véritables trésors, ces œuvres, témoins d’une époque en pleine effervescence, véritables “incunables” des premiers balbutiements de l’écriture photographique, après avoir été conservés dans le magnifique immeuble de l’avenue de Clichy, sont déposés aujourd’hui, 9, rue Montalembert. Un lieu modeste loin d’être à la hauteur de la vie que devrait pouvoir mener cette grande Dame qu’est la SOCIETE FRANCAISE DE PHOTOGRAPHIE, entourée de son prestigieux patrimoine.

On attend toujours la petite folie que lui avait promise le gouvernement il y a une dizaine d’années, en égard à son rang. Ne pas la lui accorder serait une erreur préjudiciable à l’honorabilité de notre pays et à la mémoire de ces pionniers, tous personnages de haute venue.

Des gens de grande qualité se pressaient en effet autour du berceau de la photographie : roi, comtes, barons, historiens, savants, peintres, directeurs de manufactures, académiciens des sciences et des arts, chercheurs passionnés, auteurs d’œuvres d’esprit qui aujourd’hui encore, ne cessent de réserver des surprises à leurs re-découvreurs.

Il faut louer la perspicacité et la pré-science de tous ces milieux artistiques de l’époque qui ont eu l’idée de faire, dès les débuts, une collection rigoureuse nous racontant l’histoire des premiers pas de celle qui allait bouleverser la communication entre les hommes et dater l’un des grands moments de notre civilisation !

Quelle émotion devant ces fidèles et réalistes portraits mystérieux et profonds, luxueusement encadrés mais responsables de cette phrase monstrueuse décochée par Baudelaire : “La société immonde se rua comme un seul Narcisse, pour contempler sa triviale image…! Moment de mauvaise humeur, soucieux de protéger les (mauvais) peintres portraitistes… il fut vite oublié devant toutes les possibilités offertes aussitôt par la photographie, partie à la découverte du monde, de notre planète, de l’infiniment petit avec le microscope, de l’infiniment grand avec la lunette de Galilée : éclipses, comètes, lunes et soleils et toutes les diverses applications utiles aux beaux-arts et à la science sont entreprises et réussies.

La plaque métallique Daguerrienne fut vite dépassée. Avec la transcription sur papier d’après calotype ou négatif verre interposé, “Il semble que l’appareil photographique se soit élevé à l’intelligence et que le tirage ait ajouté à la reproduction des plans et des lignes, l’expression du sentiment”, écrit Flaubert.

Nous essayons modestement d’en faire prendre conscience à nos visiteurs et à nos lecteurs ;ils peuvent découvrir avec le choix bien difficile que nous avons fait parmi tant de chefs -d’œuvre uniques, volontairement restreint au XIXe, toute la modernité de leur expression… nos confrères et amis contemporains ne réinventent ni anamorphoses, ni “mises en scène”, tout a déjà été fait avec bonheur… avant 1900 et dans des conditions nettement plus difficiles.

Il est un hommage qu’il est nécessaire de rendre : c’est à cette grande Dame qu’est Christiane ROGER, secrétaire générale de la S.F.P. à qui l’on doit, malgré des conditions de travail rendues difficiles en raison de l’exiguïté des lieux, de pouvoir consulter efficacement ce fabuleux patrimoine. Qu’elle soit remerciée de tous pour son abnégation, sa compétence, sa passion à faire connaître les collections tout en les protégeant des déprédateurs de tous ordres.

Jean Dieuzaide