Une épopée: L’OBSERVATOIRE DU PIC DU MIDI DE BIGORRE

1 au 30 juin 1988

J’ai appris de mon Père et de ses amis, comme lui fils de la Terre de Gascogne, à lire dans une “feuille d’herbe” les inventions de la création du “Monde”. Tout enfant, j’étais déjà émerveillé par “ceux” qui les recherchent dans le silence. Pour “eux”, les mots ont une autre dimension, une dimension ouvrant le chemin vers d’autres horizons : l’air y est plus frais que dans le marais de notre matérialisme à ras de terre.
“Des savants vivent au Pic du Midi de Bigorre” m’avait dit mon Père. J’étais fasciné. Il y était monté au cours des années vingt. Père aimait raconter à ses amis et à nous l’étonnant silence de ce lieu privilégié, silence absolu de la haute montagne… C’est peut-être de lui que j’éprouve le besoin de faire toucher des yeux ce “monument” d’abnégation et de courage.

Vers 1873, un retraité, le Général de Nansouty et le géologue Vaussenat, décidaient d’implanter un observatoire sur le Pic du Midi. Ils y ont édifié une “épopée” exemplaire hors du commun dont témoignent aujourd’hui des images de plus de cent ans.
A près de trois mille mètres d’altitude, ces hommes animés par une foi opiniâtre, maîtres de l’intelligence des choses et sachant la faire partager à toute une équipe de montagnards de bonne trempe, ont construit un nid d’aigle à la limite des forces ; – depuis, se dévouent sur ce piton, des chercheurs essayant de répondre à la question qui nous préoccupe tous “d’où venons-nous ? “.

Prisonniers des neiges, du froid, du brouillard ou de la tourmente plus de six mois par an, avant que le téléphérique ne vienne en adoucir les contraintes, ces bénédictins de la science bénéficient aussi de la transparence de l’air : alors que la majestueuse chape de nuages étouffe la plaine et les rumeurs du monde, ils émergent dans l’essentiel, en prise directe avec la lumière fascinante du soleil dont ils souhaitent percer le mystère.

Du haut du silence des cimes qui les entourent, ces chercheurs de l’absolu portent en eux la certitude qu “en regardant plus loin, ils peuvent voir une plus grande partie de l’Univers.” Par ce qui n’est encore qu’un “entrebâillement”, pour l’époque, ils peuvent en effet, poser loin leur regard sur les hypothèses de la création et considérer avec respect ce “Ciel” inondé d’étoiles et de soleil.

Depuis une vingtaine d’années, une nouvelle génération d’astronomes préfère écouter ce ciel avec l’aide de l’ordinateur, lequel (grâce à la photographie, il ne faut pas l’oublier), leur ouvre tout grands les volets de cet Univers.

Sur l’écran cathodique pullule, effectivement, une quantité d’étoiles, de planètes et de galaxies que l’on ne peut voir au travers de la lunette de Galilée. Certains de ces objets n’existent plus depuis longtemps. “L’image perçue” voyage pendant des milliers d’années à la vitesse de la lumière, avant de nous parvenir, et ne nous montre en réalité que les reflets d’un passé en l’état où il était.

“Voir loin aujourd’hui, c’est voir tôt dans l’espace…, le temps fait la dimension”. Une dimension d’une haute portée dont la résonance ne peut échapper aux chercheurs, celle d’un irrationnel dont la plupart des hommes se réclament aujourd’hui, et demain plus encore… certainement.

Peu importe en définitive de connaître la minute près où le “big bang” a mis le monde en marche ; nous avons maintenant le pressentiment que nous ne le connaîtrons jamais… par contre, nous sommes heureux de savoir que le soir, après le dîner, pour se détendre de l’important et merveilleux travail qu’ils accomplissent nuit et jour, les chercheurs sortent sur la terrasse pour regarder le soleil se coucher sur les montagnes… Ils attendent aussi l’ultime clin d’œil de l’astre fulgurant, au moment où il darde son fameux et rarissime “rayon vert”, … du haut de ce Pic du Midi, un message d’espoir vers l’essence de toute chose . la poésie que l’univers offre à ceux qui souhaitent s’en abreuver…et aux autres.

Jean Dieuzaide