iTIERRA Y LIBERTAD! la révolution mexicaine 1900 à 1935

1 au 31 mai 1988
“Fixer” est une des dimensions philosophiques importantes de la photographie lorsqu’elle n’est pas asservie par les tricheurs, politiciens ou autres.
L’histoire du Mexique nous paraît géographiquement lointaine et cependant, elle meuble encore des conversations de gens de tous âges entretenues par la légende, par des films plus ou moins fantaisistes.
Le témoignage historique de la photographie ne prétend pas vouloir les redresser, mais apporter une authenticité que l’on ne peut lui refuser ; d’une part, les évènements militaires et politiques sont pris en situation et avec leurs auteurs ; d’autre part les images témoignent aussi de réalités : celles-ci apportent aujourd’hui un éclairage précieux à tout un peuple sur son identité et l’aident à construire le Mexique du présent.

Jean Dieuzaide

La photographie dans la Révolution

” J’aime la révolution comme j’aime un volcan en éruption. J’aime un volcan parce qu’il est un volcan et la révolution parce que c’est la révolution ! …. Mais après le cataclysme qui se soucie des pierres tombées en haut et de celles tombées en bas ?”. Tels étaient les mots passionnés et fatalistes d’un personnage du roman révolutionnaire de Mariano AZUELA “Les Opprimés” écrit en 1915 en pleine guerre civile. La résignation est peut-être la seule attitude face à la souffrance prolongée. Après cinq ans de gouvernement et de désordre politique, de guerres et de pillages, de tortures et de représailles, la pulsion destructrice pouvait paraître séduisante par elle-même. Ainsi un prisonnier apprend a remplacer la haine par l’amour pour son geôlier. La perspective d’un cataclysme devait être en effet particulièrement attirante si elle allait débarrasser le Mexique des vieilles valeurs et en créer de nouvelles.
Les photographies des archivés de CASASOLA décrivent l’histoire sans la commenter. Son œuvre fut commandée par les journaux et par les agences du gouvernement et était le résultat de travaux d’une armée de journalistes et de photographes indépendants rassemblés par CASASOLA. Bien que beaucoup de photographies fussent prises dans les prisons, les orphelinats et les hôpitaux et bien qu’elles fient montre d’une sympathie évidente pour l’humanité on ne peut pas les accuser d’être politiquement tendancieuses.
Les évènements de la Révolution Mexicaine prennent une grande place dans les archives de CASASOLA. Les photographies de DIAZ et de ses partisans sont très conventionnelles et classiques. Il n’y a pas d’indices des bouleversements et de conflits sociaux. Au moment où CASASOLA et ses collègues commencèrent à réagir à ces changements, la Révolution était déjà bien commencée. En Avril 1910 les rues principales de la capitale étaient remplies de manifestations de masses en faveur de MADERO. L’exaltation et l’ivresse de la liberté sont évidentes dans la série de photographies prises à Cuernavaca en 1911 lorsque MADERO fut chaleureusement accueilli par ZAPATA et son armée de “péons”.

Il y a beaucoup de bonnes photographies de HUERTA et de VILLA en campagne contre OVOZCO et son armée rebelle “Los Colorados”. D’après ces photographes HUERTA et VILLA semblent de valeureux soldats qui aiment être au cœur de la bataille.

De nombreux documents relatent la prise de Mexico : VILLA et ZAPATA descendent avec leurs troupes l’avenue San Francisco, rentrent dans le palais présidentiel et sont photographiés assis dans le fauteuil de la présidence. Etrange spectacle pour les habitants de la capitale de voir des indiens-partisans de ZAPATA dans la ville même. Un cliché en témoigne : un groupe de Zapatistes mangeant au restaurant d’un grand magasin chic de la ville.

La plupart des photographies de CARRANZA, le nouveau président et de son successeur OBREGON, sont figées et conventionnelles et rappel-lent l’époque ancienne. C’était le temps de la stabilité et de l’ordre nouveau.Il y a de nombreuses photographies de soldats, de héros inconnus de la Révolution, prises en général lors des campagnes ou des marches vers le front. Une photographie montre un paysan attendant des ordres qui a remplacé son képi fédéral par le sombrero du “Péon” et caché son sac à dos de son “serape”. Le soldat a réaffirmé son identité de péon, homme de la terre.

Dans sa tête d’archiviste il est évident que CASASOLA voulait dresser son portrait du Mexique contemporain. Il réalisa son projet grâce aux revenus de travaux photographiques industriels et publicitaires. Ces archives sont très riches. Il y a une série de photographies impressionnantes montrant des crimes, des suicides, des exécutions. C’est à travers cette dure réalité sans pitié que son œuvre se rapproche davantage de l’esprit d’Arthur Fellig qui lui travailla avec la police New Yorkaise pendant les années 30 et 40.

L’idée du Mexique que nous donne CASASOLA nous informe égale-ment sur sa situation personnelle dans la capitale et nous renseigne également sur l’esprit de modernité de l’époque. Nous y voyons music halls, shows burlesques, activités intenses syndicales et politiques. Mais il n’y a que peu de précisions sur la vie des paysans. Ces derniers sont peut-être les héros méconnus de CASASOLA, car ils se sont battus pour leurs aspirations révolutionnaires dans la souffrance et ont payé leur terre et leur liberté au prix de leur sang.

David Elliot