C’était Toulouse en 1986

1 au septembre 1986

«Vie et paysage urbain étaient les consignes données aux participants du concours «C’était Toulouse en 1986 ». Par tirage au sort, chacun des secteurs de notre ville, délimités par les petits carrés rouges dessinés sur le plan, ont été attribués à chaque participant. 750 ont pris le départ, 150 seulement ont rempli leur contrat moral.
Le jeu, à plusieurs titres, en valait la chandelle :
1 °) entrer dans l’histoire de Toulouse en collaborant au portrait de notre ville en un instant de grande mutation face au troisième millénaire;
2°) gagner éventuellement un des 60 prix dont pour le premier, un appareil LEICA R4 carrossé «or» et son optique ou d’autres appareils de valeur.
Le choix, en présence de Maître Garrigue, Huissier, a été malgré tout difficile pour un jury éclectique certes, mais compétent. II avait à se prononcer sur près de 1.000 images.
Je me permettrai de formuler quelques critiques puisqu’on me le demande, à l’adresse des concurrents. Ils avaient un mois pour faire preuve de mentalité gagnante, ou mieux encore, de jouer au chroniqueur ou au poète : hélas, pour la plupart, ils n’ont pas jugé opportun de le faire. Les organisateurs se sont trouvés en face d’un phénomène semblable à celui que relatait récemment un journal à propos de Bernard Tapie se faisant fort, depuis le petit écran, de trouver 15.000 emplois pour des jeunes. Ils lui adressèrent 80.000 lettres; le temps passa, les volontés se diluèrent et on ne retrouva que quelques centaines de candidats à l’arrivée.
Devant notre étonnement les «yeux» de «C’était Toulouse en 86 », ont prétexté les délais aussi bien que la difficulté de faire des images dans des secteurs où, apparemment, il ne se passait rien.
Je ne voudrais pas leur faire l’injure de croire que beaucoup de ces yeux sont encore aveugles, ne savent pas voir la magie de l’ombre ou celle de la lumière. La photographie fixe non seulement le cocasse, l’anecdote ou le monument des Jacobins, mais aussi le merveilleux du vécu. Si on ne va pas vers lui, il se cache derrière la porte et attend que vous l’ouvriez.
Il n’est pas vrai que les quartiers périphériques de notre ville soient sans vie ; sans doute quelques artisans ou retraités organisent leur jardin, « retapent une vieille bagnole », ont une pièce entière où circule le plus fabuleux des trains miniature, construisent une cathédrale avec des allumettes, collectionnent les tire-bouchons ou fabriquent une bicyclette volante… II suffisait d’aborder aimablement une ou deux personnes dans la rue, leur dire le pourquoi de la chose et leur demander leur aide… Ce sera pour la prochaine fois. Je pense qu’il y en aura une.
En attendant, faites-vous la main et n’oubliez pas, si je peux me permettre de vous le dire, la photographie apprend l’observation et la sagesse à aimer et faire partager; elle fait d’une feuille de chou une œuvre d’art si vous daignez jeter un regard sur la feuille de chou.

Jean Dieuzaide.