Edward Curtis

1er juillet au 31 août 1986
LES INDIENS DE L’AMERIQUE DU NORD

Né en 1868, Edward CURTIS installe en 1892 son propre studio à Seattle dans le Puget Sound. Cette région entre le Nord de la Californie et la Colombie britannique était alors la dernière «ville-frontière» de l’ouest américain où se mêlaient colons, chercheurs d’or, et les descendants des grandes tribus indiennes de la côte du Pacifique.
L’œuvre monumentale d’Edward CURTIS débute en 1900 et se déroulera sur trente années de travail incessant pour la cause, la véritable mission qu’il fait sienne et à laquelle il dévouera pratiquement toute sa vie : fixer par la photographie, immortaliser la race indienne en voie de disparition.

Œuvres composées, œuvres d’art sans doute influencées par la vogue de l’école « Pictorialiste» américaine, fille de l’Impressionnisme, les planches de CURTIS refusent délibérément les éléments du décor moderne de l’Amérique du début du siècle pour ne se préoccuper que de l’immémorial, celui du costume, de la posture, de l’habitat. Leur diversité de l’une à l’autre de ses 80 tribus d’adoption contredit le cliché habituel propre aux films de « western » contemporains de la fin de son œuvre.
Héritier de la tradition du peintre George Catlin qui, en 1830, avait parcouru dans le même but les tribus de l’ouest du Mississipi, CURTIS meurt, pauvre et oublié en 1952 après avoir créé une œuvre unique dans l’histoire de l’art américain. La sensibilité contemporaine à l’égard de l’Indien renaît avec la révolution culturelle issue des universités Californiennes vers le milieu des années 1960 et des publications telles « Pieds nus sur la terre sacrée » des mythes indiens, des films s’efforcent de donner le point de vue du monde Indien qui influencera le phénomène « Hippie » du refus de la civilisation matérialiste, version la plus actuelle du thème humaniste développé par Thevet, Montaigne, Rousseau, Chateaubriand, celui du « Bon Sauvage ».
Refusant apparemment de prendre parti sur le sort de l’Indien d’Amérique dont il pressentait l’annihilation, CURTIS eut le génie d’exprimer la transcendance d’une grande civilisation qui devait, après celle des Aztèques, des Mayas, des Incas, subir un sort semblable.

Alain PARENT. Directeur des Musées d’art et d’histoire de La Rochelle

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