Aleksandras Macijauskas

1 au 31 mars 1986
La photographie Lituanienne

Les images attaquent le réel en plein dedans, en gros plan, souvent en grand angle. Effets énormes, tronches rabelaisiennes, groins rigolards ne font point peur à leurs auteurs, non plus que les visages ravagés de douleur. Pour nous, vu depuis notre nombrilisme subtil, cet art a quelque chose d’un peu sommaire, à la Victor Hugo, et aussi s’apparente à la grande école du cinéma soviétique de l’époque héroïque des Eisenstein et des Poudovhine.
Et nous hésitons pour savoir s’il faut considérer cette photographie lituanienne comme un sympathique archaïsme, miraculeusement préservé, ou un réservoir de jouvence, de renouvellement et de révolution pour l’avenir. Ce qui n’est nullement contradictoire. Il ne faudrait d’ailleurs pas croire à une ignorance. Auprès de cette tendance dominante, et à nos yeux la plus originale, la photo lituanienne possède aussi des personnalités attentives à nos avant-gardes (ou qui les rejoignent par une convergence spontanée ?). Les séquences de Violeta Bubelyte, les objets surréalistes de Sonta, les jeux sur les photos anciennes de Vytas Luckus participent à nos esthétismes présents. Les Lituaniens connaissent comme nous les montages, les virages et les photos peintes à la main. Mais cet éclectisme même nous désoriente un peu. Nous ne pourrions concevoir, ici, une association qui pourrait maintenir ensemble en son sein des personnalités aussi différentes. La Société d’Art Photographique de Lituanie nous semble quelque chose de bizarrement intermédiaire entre un photo-club et un « mouvement» d’artistes indépendants.

Jean Dieuzaide et Jean-Claude Lemagny