Claude Nuridsany et Marie Pérennou

1 au 30 avril 1982
AU PAYS DE L’HERBE

Les formes, les jeux de la nature sollicitent l’imaginaire, font revivre, l’espace d’un instant, des images, des croyances, des mythologies dont la clé nous est devenue obscure.
Claude Nuridsany et Marie Pérennou

Claude Nuridsany et Marie Pérennou passent leur temps à être émerveillés: ils souhaitent que nous le soyons aussi. Pour cela, ils nous invitent à nous installer comme eux, à quatre pattes dans l’herbe, et observer. A quelques longueurs de notre nez nous découvrirons aussi un univers d’une exceptionnelle richesse, celui des insectes et des fleurs.
Notre société moderne frustre l’enfant et nous-même du monde vivant. L’école essaye, sans doute, à nous donner de son mieux une foule de renseignements, mais il lui est difficile, dans nos villes en particulier, de nous faire découvrir par l’expérience, et surtout dans des domaines semblables à celui proposé aujourd’hui, le rapport juste qui nous relie au monde.
Marie Pérennou et Claude Nuridsany souhaitent que nous comblions vite cette lacune : il faut apprendre à regarder et, dans la plupart des cas, apprendre à se réconcilier avec tous ceux dont on se méfie, faute de ne pas connaître, notre voisin, en particulier. Dans le cas présent, notre voisin est l’insecte: «Dans l’esprit des humains, il ne jouit pas d’un grand prestige, écrivent Claude et Marie. II mord, il pique et donne parfois des boutons; nous le pourchassons rageusement lorsqu’il viole notre espace vital, ou nous l’écrasons du pied, dans l’herbe, sans même le voir. II en va de même des humbles petites fleurs dont nous ignorons les merveilleuses structures et cependant plus elles sont modestes, plus elles méritent notre attention ».
Apprendre à mieux connaître est une des vertus premières de la photographie.

Sur ce plan, l’exposition de ce mois est fascinante, ce n’est pas tout à fait de l’art, ce n’est pas exclusivement du document. C’est à la fois une œuvre d’artistes et de scientifiques soucieux de réconcilier le poète et le savant, et les faire communiquer avec leurs semblables. Marie Pérennou et Claude Nuridsany évoluent dans un domaine difficile, mais il ne nous apparaît pas comme tel, tant est remarquable leur synthèse de cette réalité qu’ils nous montrent fertile et profonde et qu’ils traitent d’une manière raffinée et passionnée. C’est de la photographie au sens étymologique le plus pur, conduite par une démarche philosophique respectueuse et consciente.

La mission choisie par le Château d’Eau est celle-là : chaque fois que nous en aurons les moyens, nous vous proposerons de réfléchir sur ce rapport juste qui nous lie au monde, grâce à la photographie (voir monographie ONERA). Derrière chaque photographe il y a, la plupart du temps, un philosophe. Claude Nuridsany et Marie Pérennou l’expriment clairement dans leurs nombreux écrits et particulièrement dans celui que nous vous proposons ci-dessous.

J.D.