Dominique Baudis

Regards sur le Proche-Orient
1 au 31 janvier 1981

CETTE VOLONTE DE TEMOIGNER…

Pour avoir traversé quelques-uns des affrontements de notre monde, je suis toujours bouleversé par le courage tranquille de la plupart de ceux qui ont été choisis pour être, au milieu des flammes et des tonnerres, nos témoins. Ces hommes rares – à peine une ou deux poignées – sont le cœur du journalisme, sa raison d’être. On l’oublie facilement aujourd’hui où l’engouement des foules pour les vedettariats en tous genres se plaît à sacrer les seuls fonctionnaires des télégrammes de presse, des déjeuners politiques et des appels téléphoniques, parce qu’ils sont présents, là, chaque soir, face à nous, à l’heure du potage. Les vrais « reporters » n’ont rien de commun avec ces notaires de l’information.

J’ai découvert Dominique Baudis sur l’écran de mon récepteur il y a une dizaine d’années. Il courait le Liban, nous expliquant ses drames et ses espoirs, non pas devant une carte ou derrière un bureau mais sur le terrain, au milieu des hommes, de leurs combats ou de leurs réconciliations. Comment expliquer que, tout de suite, dès le premier jour, j’ai compris que cette silhouette longue, souple, cette crinière fauve, ce visage d’adolescent aux yeux bleus qui savaient sourire, saurait s’imposer à l’ensemble des téléspectateurs ? Comment expliquer que je savais déjà qu’il serait l’un des journalistes clé d’une équipe que l’on ne manquerait pas – un jour – de me demander de former !

Entre temps, Dominique Baudis s’est affirmé à Beyrouth, bien sûr, mais aussi à Chypre, en Arabie et tout au long du chapelet des Émirats Arabes débordés par leur richesse pétrolière et les énigmes d’une expansion à programmer. Toujours à la recherche d’« images », le témoin Baudis s’enferme dans la guerre civile, passant – à plat ventre – souvent plusieurs fois par jour, d’un camp à l’autre. Vous ne pouvez avoir oublié l’horreur de ces semaines, les corps hachés par les balles, la ville en cendres. Vous avez vu, comme moi, Dominique blessé par une patrouille palestinienne. Mais, plus que son courage devant le canon des Kalachnikoff, je retiens son sang-froid face à l’interprétation des événements, son honnêteté, sa clairvoyance devant les passions pour ne pas dire son objectivité. Jamais, même lorsque je lui demanderai de présenter régulièrement les journaux télévisés, il n’acceptera d’oublier qu’il est avant tout un reporter, celui qui va par les chemins et les sentiers où naît l’information. C’est parce qu’il sait cela qu’il retourne régulièrement au plus profond du monde, ne négligeant pas les palais du pouvoir (rencontres avec Sadate, Arafat, Menahen Begin, Castro et combien d’autres), que ses journaux ne ressemblent à aucun autre : l’information y est plus visuelle, plus dense que le commentaire. Et c’est tant mieux.
Cette volonté de témoigner, il a décidé de la prolonger par des livres, « La Passion des Chrétiens du Li-ban », « La Mort en Keffieh » parce que l’écrit demeure. Comme ces photos réunies sous le titre « Regard sur le Proche-Orient », qu’il présente à Toulouse, sa ville, qui l’a fait ce qu’il est.

Christian BERNADAC.