Janine Niépce

La réalité de l’instant
1 au 31 janvier 1980

Est-il besoin de le rappeler ? C’est vers 1822 qu’à Saint-Loup de Varennes, en Bourgogne, Nicéphore Niépce invente la photographie. A la même époque, par une coïncidence heureuse il est bon de le souligner, Monsieur Charles de Laganne, procureur du roi au présidial, Capitoul et Syndic de Toulouse, fait construire de ses deniers (50.000 pièces d’or) le Château d’Eau, devenu célèbre aujourd’hui.
Que Janine Niépce nous pardonne mais, au-delà de ses capacités professionnelles, c’est un peu à son illustre ancêtre et à son invention qu’elle donne au Château d’Eau l’occasion, plus précisément cette fois, de rendre un perpétuel hommage.
J’observe depuis vingt-cinq ans bientôt notre charmante confrère et je peux assurer qu’elle assume fort bien la responsabilité de son nom ; « Pas descendante de Niépce, précise-t-elle, mais parente éloignée », et Paul Jay, Conservateur du Musée de Chalon, d’ajouter: « Quand on porte ce nom-là, forcément, d’une manière ou d’une autre, on s’intéresse à la photographie ».
C’est ce que Janine Niépce fait dès que l’occasion s’en présente. Préparant une licence d’art et d’archéologie en Sorbonne, son professeur Pierre Lavedan lui demande de photographier les monuments faisant l’objet de ses études : c’est une révélation.
La rencontre de la peinture hollandaise du 17e siècle, témoignage de la vie quotidienne, lui révèle aussi l’importance de la communication.
Elle complète aussitôt ses connaissances par des cours par correspondance, fait un stage chez un photographe à Chalon/Saône et rencontre Henri Cartier-Bresson. Il faut louer la patience d’un tel apprentissage car il devrait encore servir d’exemple.
La préparation d’un certificat de civilisation américaine lui fait découvrir la grande et remarquable fresque photographique, dite de la « Farm Security administration ». Ce monument en images, doit-on le rappeler, sauva les États-Unis de la crise de 1930 ; le fait est historique.
Janine Niépce se tient dès lors à l’écoute de vérités profondes de sa terre de Bourgogne. Elle aborde les êtres, étudie les comportements humains, analyse les coutumes. Pendant près de sept ans, de 1948 à 1955, elle parcourt la France, observe ses habitants, leurs habitudes, celles qui se créent et celles qui disparaissent.
La route est tracée. De l’œuvre de Janine Niépce, trois thèmes majeurs se dégagent: les Français bien sûr, mais plus particulièrement la jeunesse (elle la suit même sur les barricades de Paris en 1968), et enfin la femme, sa sœur.

« La Femme avenir de l’homme » est le thème, en 1974, d’une grande exposition itinérante que Janine accompagne; elle se transforme en guide auprès des Maisons de la Culture, des entreprises, des classes d’écoles primaires pour expliquer son œuvre; elle aime que la photographie soit un moyen d’échange, elle ne veut pas se contenter de prendre, elle donne: « personne n’est moins suffragette que cette personne si parfaitement féminine, mais peu de photographes ont porté avec plus de constance, de rigueur et de sympathie une attention soutenue aux problèmes de ce versant longtemps invisible de la condition humaine : la condition féminine ! » (Claude Roy).
Est-ce par tendresse sentimentale ou par complicité ? Peut-être souhaiteriez-vous une réponse de l’auteur ? Elle est dans ses images: la photographie est aussi là pour dire sans complaisance ce qu’il est parfois nécessaire de dire.

On peut ne pas être toujours d’accord avec la façon dont Janine Niépce appréhende la photographie, mais on ne peut pas ne pas rendre hommage à l’énergie de cette femme un peu frêle, abordant résolument ce métier, où les hommes sont maîtres, afin de tenir « sa » place.
Assumer sa responsabilité de femme à travers la photographie c’est, pour Janine Niépce, nous dire tout simplement, sans recherche de cadrage, ce qu’elle voit, ce qu’elle sent, ce qu’elle sait et « offrir entre autre, à des millions de femmes, un miroir fraternel ».

Jean DIEUZAIDE

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