Roger Daspet

Un regard simple et vrai
5 au 31 juillet 1978

En première page et sur plusieurs colonnes, au travers de titres affligeants, la Dépêche du Midi offre souvent, l’hiver, à ses lecteurs une très belle image de nos montagnes d’Ariège ou du Luchonnais.Cette « échappée » réconfortante au milieu de la tristesse de notre pauvre monde est la plupart du temps signée Roger Daspet, skieur émérite et journaliste-photographe professionnel, attaché à la Direction Départementale de l’Ariège au Journal toulousain.

Avec la même résolution, la Galerie du Château d’Eau poursuit la route qu’elle s’est tracée: Roger Daspet lui offre l’occasion de montrer à ses visiteurs un nouvel aspect de la profession: c’est avec une grande personnalité et beaucoup de conviction qu’il la pratique.
Je compare un peu sa position à celle d’un médecin de campagne, ami de tous et très différente de celle d’un spécialiste anonyme professant dans une métropole plus connue du grand public, mais n’ayant pas le contact permanent. Il n’est pas donné à tous d’être attaché départemental en photographie de presse. Il faut aimer la région, vivre à son rythme et au grès des saisons. II faut l’écouter respirer et, en bon journaliste, prendre des initiatives et précéder l’événement. En tant que journaliste, être enfant du pays est un privilège important: c’est le cas de Roger Daspet (et c’est pourquoi je suis tenté d’écrire d’Aspet).

Etre le deuxième dans Rome ne l’intéresse pas, il préfère la place de premier dans son village et il ne la recherche même pas: à ces futilités il préfère l’amitié. Entre Foix et Luchon et à 150 km à la ronde, en deçà et au-delà des Pyrénées, il connaît le moindre col et photographie la plupart des communes. Le berger le prévient de l’heure de la transhumance, l’hôtelier le reçoit à sa table, le douanier lui fait un coup d’œil complice et l’instituteur regarde ses œuvres avec admiration. Il ne photographie pas les pompes à essence, ce n’est pas son univers. Simples, fraîches et pures, ses images sont accessibles à tous nous dit André Bourneton.
Le but de Roger Daspet est de montrer le monde dans sa réalité visible et dans son infini variété; la montagne en hiver est son sujet favori, surtout si l’homme est le seul animal à ne pas y vivre. L’être humain, presque partout, laisse son empreinte et l’éviter n’est pas toujours facile: Roger choisit alors les premières chutes de neige. Dans le calme de la grande mer blanche, skis aux pieds, le rolleiflex sur la poitrine, son regard de marin cherche l’insolite. Tout un monde de petits lutins et de monstres, malicieusement sculptés par la neige et le vent sur des armatures de sapins, parcourent la montagne.

En contemplant « ses paysages », on a la sensation à la fois de grand silence et de sérénité, mais aussi de vie palpitante. Un « ric » se dresse sur ses pattes arrières et nous regarde ingénument, l’ours ouvre l’œil sur le mammouth qui s’ébranle et l’arbre ayant refusé de se travestir secoue ses branches de chantilly sur ordre des rayons de soleil, les courbes molles, nuancées d’ombres légères se couvrent de paillettes: tout ça, c’est pour le plaisir.
Une composition simple, aérée, de grands ciels dégagés, des jeux de soleil en contre-jour, le tout saupoudré d’une pointe d’humour, tout concourt dans le choix de Roger Daspet à donner à ses images une ambiance de lumière et de joie de vivre.
Quel que soit le vent ou le froid des sommets (réels ou virtuels), il photographie pour lui, en homme heureux.., et, pour nous, en philosophe heureux de nous offrir son tonus cueilli sur les hauteurs où coulent les sources. L’eau est sa seule boisson, il n’est pas inutile de le dire et, en sportif accompli, il ne fume pas.
Revenu dans ses vallées, « au jour le jour, par petites touches, il écrit avec ses images la petite histoire d’un pays tranquille, fragile, un peu anachronique », nous dit l’instituteur André Bourneton, « un jour, peut-être, les historiens futurs se référeront à son oeuvre pour re rouver les témoignages d’une joie de vivre disparue. »
« Arbres, lumières, neige, brouillard, rayons, visages, tout nous paraît familier; mais il est l’intermédiaire discret qui vous montre les choses comme nous aimons qu’elles soient: sa photographie devient la nôtre.
«Amical, d’une gentillesse tranquille, d’un dévouement sûr, il n’est pas différent de ses images, sauf, peut-être… sa meurtrière poignée de mains. » Et Roger Daspet ajoute: « mais jamais avec ces dames ». Cela n’enlève rien à l’authenticité de son œuvre.

Jean DIEUZAIDE