David Hurn

DAVID HURN, PHOTOGRAPHIE ET ENSEIGNEMENT
15 avril au 5 mai 1977

« Les bonnes photographies, good photographs come from a photographes having a genuine feeling avec une subject and – comment dites-vous? – ah oui, a desire to record it »… C’est au cours d’un atelier de photographie sur le reportage, pendant les ” Rencontres Internationales d’Arles, alors qu’il bavardait avec ses étudiants, que j’ai enfin connu David Hurn.
Depuis 1974, les journaux spécialisés signalent les remarquables résultats obtenus par un jeune professeur et photographe du Pays de Galles à la School of Documentary Photography du Collège of Higher Education de Gwent; sa rencontre m’a enchanté.

Pour l’avenir de la photographie, son enseignement, pratiquement méconnu en France par l’administration et laissé aux seules initiatives privées, fait partie de mes préoccupations majeures: la Galerie Muncipale du Château d’Eau en est, dans sa finalité, la secrète démarche: mon inquiétude reste en permanence attentive et cherche toujours à savoir « qui enseigne quoi » en raison de l’importance de l’enjeu, dont quasiment personne ne se soucie. Mais, attention, le réveil viendra trop tard.
Aussi ai-je été tout à fait rassuré quand j’entendis David Hum affirmer à ses étudiants avec ce charme qui le caractérise, mais aussi avec cette persuasion : «Si vous photographiez d’une manière directe et avec la plus grande simplicité un sujet qui vous intéresse vraiment, je vous fais le pari que votre image en sera d’autant plus touchante: il n’y a pas de miracle, être soi-même et non un autre calqué sur stéréotype est la seule attitude payante en photographie; tout le monde renferme en soi les qualités nécessaires pour être bon photographe: par exemple, chez la mère qui photographie son enfant avec un « Instamatic », cette essentielle sincérité d’intention existe ». « La mère ne nourrit aucune prétention ni volonté artistique, elle ne tend pas vers le raffinement ou l’intellectualisme débile, elle photographie ce qu’elle aime, de façon simple et directe. Oui, tout photographe dispose au départ de ces mêmes atouts, malheureusement, il les oublie dès qu’il cherche à devenir le meilleur sans mesure» (propos recueillis par R. Pledge dans «Zoom »).
L’honnêteté première du photographe, en effet, semble se dissoudre le plus souvent dans « les marécages de l’artifice » et la volonté de dominer même la technique s’égare dans une conscience qui se veut être réfléchie, mais qui oublie de l’être. Trop de photographes projettent leur «sur-moi » sur les lanternes de leur façade au lieu d’ouvrir tout simplement la porte.
C’est ce que David Hum veut nous faire comprendre; il joint les actes à la parole : la personnalité de ses photographies est due à cette toute simple philosophie photographique, c’est-à-dire celle qui consiste à photographier les êtres et les choses comme il en a envie, sans rechercher spécialement les effets artistiques; même dans ses tirages, exclusivement noir et blanc, sans artifice, mais irréprochables de qualité, on retrouve cette démarche scrupuleuse.

Avec ses images comme avec lui, d’ailleurs, le contact est spontanément chaleureux; il y manque peut-être la petite pointe d’exubérance qui nous est si chère dans notre Midi, mais il a ses raisons.
Le plus souvent, pour prendre ses photographies, David Hum se cache derrière l’appareil, ce qui lui permet, dit-il, de dissimuler sa timidité et de l’intégrer pleinement à un univers dans lequel, en d’autres circonstances, il n’aurait jamais osé pénétrer. «Quand je prends des photographies, confie-t-il à R. Pledge, j’éprouve le sentiment étrange de contempler un monde infini et chaotique, un monde en proie à une extrême confusion, alors je tourne autour et me sens peu à peu attiré par certains détails qui éveillent mon attention (le dialogue) et que j’essaye de fixer; il s’en dégage une sorte de carnet de route qui, pour moi, devient une source de plaisir inépuisable »… et qui fait le nôtre.
Devant une photographie de David Hurn, réputée sans recherche, on se demande en effet pourquoi on ne reste pas indifférent: on voit et on ressent bien ce qui se passe, mais on voudrait en savoir bien davantage sur le personnage central; cette incertitude nous mobilise, comme un jeu psychologique.

Le tableau de chasse, de bals, de banquets, de spectacles «pop» en son Pays de Galles, avec ses danseurs, ses strip-teaseuses ou ses travestis, est le fait d’un homme curieux, d’un sens critique sous-jacent, « mais jamais cynique ni malveillant », alors qu’il pourrait l’être très durement. Là aussi, dans cette honnête démarche, on s’interroge sur les motivations de notre photographe; la réponse est simple: il se considère uniquement comme un «rapporteur» de ce qu’il trouve intéressant autour de lui, sans le désir de créer ou de mettre en scène des idées « comme on le fait trop couramment dans les magazines: une des raisons pour lesquelles ils ont moins la faveur du public – dit-il -, c’est non seulement la concurrence de la Télévision mais surtout leur malhonnêteté sur le plan visuel et elle me désole au point de ne plus vouloir travailler avec eux. En politique, c’est la même chose, nous sommes des millions à être exploités par quelques-uns, concrètement je vote «travailliste» parce que, sur les problèmes « humains », ils paraissent plus libéraux et progressistes que les « Conservateurs », mais, pour le reste, je ne vois guère de différence… ».
Eh oui… il y aurait beaucoup encore à apprendre de David Hurn, mais je crois qu’il faut retenir avant tout ce climat de confiance qu’il sait créer autour de lui et que l’on ressent très fortement sur ses images et face à lui; c’est pourquoi, en Arles, j’ai eu chaud au cœur lorsque je l’ai entendu dire: « Les bonnes photographies proviennent de photographes qui ont un authentique respect de leur sujet et qui veulent le dire… etc… ».

Jean DIEUZAIDE