André Cros

André CROS, ou la philosophie optimiste en photographie


La deuxième saison de la Galerie du Château d’Eau se termine sur des images d’une fraîcheur à sauvegarder, trop rare à notre époque, et que son auteur voudrait nous voir conserver envers et contre tout: celles du sourire. Depuis nos débuts communs en 1945 dans la photographie, la saine gaîté d’André Cros semble ne s’être jamais altérée quelles que soient les difficultés: j’affirme avec ses nombreux amis qu’elle est exemplaire, profondément courtoise et tout à fait méritante.
« Heureux », deux syllabes qu’il prononce souvent: elles résonnent dans nos têtes avec la voix de Fernand Raynaud et la comparaison est soutenable, même si par modestie il s’en défend.
Au début, il y avait André Cros et en lui l’étoffe d’un remarquable comédien, toujours prêt à rendre service ou animer une soirée pour le seul plaisir des planches, mais aussi du public.
Puis il reste André Cros, souffrant de voir dans la rue et dans la vie des gens tristes; c’est le problème qu’il porte en lui, avec la ferme volonté et les seules forces d’homme; il souhaiterait pouvoir y remédier chez tous ceux qu’il rencontre. Les hasards de la vie l’ont fait journaliste photographe et c’est le moyen d’expression qui sert maintenant sa philosophie au seul service du prochain.
Je venais à peine d’affuter mes appareils de prise de vue avec la libération de Toulouse et l’actualité inoubliable de cette époque, quand un ami commun, Monsieur J. Barbaste, nous présenta.
Pendant 16 années l’atelier fut rempli de nos rires: le travail n’en avançait que mieux, sauf les jours où riant du matin au soir, nos yeux gonflés jusqu’aux larmes nous obligeaient à marcher à tâtons dans les laboratoires interdits à la lumière.
Excusez-moi, André, d’évoquer au passage ces souvenirs, ils restent pour toute l’équipe des moments « heureux » et inoubliables tels que vous souhaitiez les offrir.
Le récit de la vie d’André Cros se raconte en peu de mots et simplement, parce qu’elle est tout simplement sans ambiguïté: pour la respecter je ne m’y attarde pas et vous la livre telle qu’il l’a écrite, au dos de cette page, pour les besoins de nos catalogues.
« Les choses sont ce qu’elles sont » dit-il souvent et c’est en fait, à mon sens, une des plus importantes définitions de la photographie. André Cros la met en pratique: ce n’est pas sans difficulté; s’il lui arrive de se servir du téléobjectif, c’est uniquement pour les images sportives ou l’actualité par trop mouvementée; il utilise le plus souvent, pour ses reportages, un réflex 6 x 6, comme Robert Doisneau dont il admire l’œuvre : c’est le travail à découvert face au sujet plus difficile à cerner de nos jours, les Français devenant plus méfiants face à un objectif lui aussi plus indiscret et plus bavard qu’autrefois avec ses longues focales.
Heureux confrères américains qui n’avez pas à vous confronter chez vous avec ces problèmes: l’observation peut en être faite par chacun de nous et chacun de nous devrait analyser au plus profond de lui-même les vraies raisons de ce constat.
Pour André Cros, journaliste-photographe, témoin de son époque, c’est un souci; il sait voir tous les jours dans les rues de Toulouse des scènes pleines d’humour qu’il voudrait nous faire partager, ou des visages souriants, il en existe encore heureusement; mais lorsque l’objectif approche, le naturel fait place à la pose «du paraître emprunté » et devient tout banal…
Cela n’empêchera pas André Cros d’être encore pour nous tous un grand « regardeur » (ne pas confondre avec «voyeur », ce serait le méconnaître et lui faire offense).
Le doigt qui a permis d’enregistrer depuis plus de 30 ans des milliers d’images sur fond de poésie et de sensibilité reste le prolongement du cœur d’un homme dont l’éthique ne trompe pas.
Souffrez André Cros que je vous rende cet hommage à partager avec Reine, votre reine, et vous dire tout simplement «Merci» au nom de tous ceux qui vous aiment et attendent toujours de vous le sourire que vous savez faire naître en leur cœur.

Jean DIEUZAIDE