Minor White

It’s all in the mind” LA SPIRITUALITÉ DE MINOR WITHE

Monographie de l'exposition

« Avez-vous déjà été amoureux ?… Alors vous pouvez PHOTOGRAPHIER ». C’est la réponse que fit cet éminent philosophe, photo-graphe, pédagogue qu’est Minor White à une jeune élève soucieuse de réussir.Existe-t-il beaucoup de professeurs capables de faire cette réponse honnêtement et sans la moindre ambiguïté? Existe-t-il beaucoup de disciplines susceptibles de se contenter apparemment de si peu et d’autant?

Je ne pense pas, pas plus que la plupart des Français ne pensent à la spiritualité de la démarche photographique.
« Enfin Minor White vint… » c’est aux États-Unis… depuis 1950 il emboîte le pas à Stieglitz (1) et parachève son action tendant à faire admettre définitivement la culture photographique. Avec un quart de siècle de retard, nous entreprenons une démarche similaire à la Galerie du Château d’Eau et nos portes sont grand ouvertes à, l’ceuvre et à la pensée de cet homme, reconnu par ses pairs « Emeritus professor of photography » à la fin d’une vie toute consacrée à la dignité de la photographie.
L’éthique de Minor White est un enseignement, elle devrait marquer tous ceux qui se réclament de notre discipline. Sur le plan technique on ne peut oublier qu’il a attaché une importance extrême au processus photographique mis au point par Ansel Adams: le Zone System (2), signe d’un profond respect du sujet photographié. Sur le plan culturel sa démarche est fortement motivée par ses préoccupations spirituelles, éclairant d’un jour nouveau la création artistique en photographie.
Les gens gênés masquent bien sûr leurs yeux et leur esprit quand White écrit entre autre : « Il me semble étrange que quelqu’un puisse choisir l’argent comme seul moyen de rayonnement »; et Peter Bunnell d’ajouter: « Nos vies ne sont plus jamais tout à fait les mêmes après avoir pris connaissance de ses images et de ses écrits: il est vraiment le successeur de Stieglitz e, et son souci évident de dissiper certains malentendus le prouve.

Comment le photographe peut-il prétendre au titre de « créateur », si son geste consiste seulement à déclencher un obturateur? Pour le peintre, pas d’équivoque possible : sur un espace réputé vierge, il « invente » une image qui est le reflet de sa pensée et de ses réactions sensorielles.
Minor White met fin définitivement à cette querelle d’intention par ses écrits. Ils éclairent profondément la démarche créatrice du photographe. Oui, en apparence, et seulement en apparence, le photographe part d’une image entièrement constituée; en réalité, il choisit celle qu’il va fixer pour la montrer parmi un nombre important d’angles de vues, une succession de propositions différentes faites à son jugement en procédant volontairement au déplacement de son appareil et c’est alors qu’il parachève son image par l’analyse.
Qu’a-t-il inventé? Rien – puisque tout est visible dès le départ. Je regrette, dit Minor White, le vrai concept d’invention, le voici: « II est temps de se souvenir que dans le domaine scientifique on considère l’analyse aussi créatrice et inspirée que dans le domaine de l’art; que les expressions «vu par l’homme » ou «trouvé par l’homme » contiennent autant de créativité que celle de «fait par l’homme ».

C’est une conception évidente et d’importance puisqu’elle libère enfin le photographe et lui trace le chemin : désormais l’image qu’il propose à son public dépend vraiment de lui, il en est le responsable. Il doit être réceptif et dès le départ avoir un esprit aussi «vierge » que peut l’être la toile du peintre. II sera capable de rejeter ou d’accentuer tel détail.
L’équilibre de l’image, c’est certain, ne peut être obtenu qu’en superposant la réalité extérieure à la projection de notre «moi ». C’est là que se situe la vraie force de la photographie et non dans l’imitation maladroite des procédés picturaux.
« De plus en plus mon but est de faire que mes photographies ressemblent tellement à des photographies qu’elles passent inaperçues, à moins que l’on ait des yeux et que l’on sache voir, «écrivait Stieglitz en 1923, et Minor White ajoute: «Je ne me soucie plus de prouver que certaines photographies produisent le même effet sur des gens que certaines peintures. Je veux seulement susciter chez eux un certain degré de curiosité ou de spiritualité, en utilisant la photographie comme excitant ».
Les œuvres de Minor White sont en effet celles d’un extraordinaire artisan : nous trouvons dans ses images la précision, la nuance, la finition et parfois un certain mystère. Elles restent malgré tout crédibles et enracinées dans la réalité tout en allant bien au-delà de la simple représentation.
« Elles transcendent le tangible pour atteindre l’intangible ».
Elles sont miroirs doués de métamorphoses, messages en forme de métaphores, manifestations empreintes de mysticisme.
« J’affirme que la création photographique est un acte de foi, au terme duquel l’extérieur doit tendre et pouvoir révéler l’intérieur (Minor White).
Je reste profondément convaincu de la valeur de la pensée créatrice de ce grand philosophe. Son livre, resté à mon chevet tout au long de ma convalescence après le grave accident de 1971, m’a donné la force nécessaire pour essayer de mieux promouvoir la Photographie.
J’avais envie de le dire afin d’en exprimer ma reconnaissance à Minor White.

Jean DIEUZAIDE