Kishin Shinoyama

Le Château d’Eau fut le premier en France, après les Rencontres d’Arles, à montrer une courte rétrospective de l’oeuvre de Shinoyama. Ses maîtres avoués sont Irving Penn et Richard Avedon : le premier paraît lui avoir suggéré la manière d’inscrire (Twin), l’autre, la projection sans concession de l’expression de l’humain (Brown Lily et Tokyo Fairy). Dès lors, il semble que l’on comprend mieux ces images qui déferlent sur les tables de rédaction des magazines internationaux et surprennent les visiteurs des grandes cimaises. Elles sont la résultante analytique d’un apport occidental se superposant à l’essence même de cette culture aux parfums de l’Asie de Shinoyama. Je ne veux retenir que cette ligne « d’encre de chine » qui souligne les courbes pleines de volupté des corps qu’il nous propose, véritables sculptures d’un admirable graphisme – elles font à la fois penser à Matisse, évoquer Arp, sans pour cela prétendre à surpasser peinture ou sculpture, elles s’en voudraient. Le rôle de la photographie est de créer sa propre réalité et son propre cheminement. Chez Shinoyama, c’est par exemple cette puissance de dépersonnalisation des sujets photographiés : il nous amène dans « Death Valley », en Californie, avec trois modèles de morphologie et de nationalité différentes qu’il met en scène, or, elles semblent être trois soeurs enveloppées dans le « jeu » visuel de l’artiste. Le tout est saupoudré de clins d’oeil que l’on peut confondre avec de la violence ou même une certaine agressivité. Michel Decron dit en substance : « C’est pour nous montrer jusqu’où il peut aller trop loin ». Né en 1940 à Tokyo. il étudie la photographie à la Nihon University de Tokyo de 1961 à 1963. Travaille ensuite pour une agence de publicité, avant de devenir indépendant en 1968. C’est la série Tanjo (La Naissance) qui le révéla au public. Cette série montre des études de nus sur une plage à Tokunoshima, Okinawa. Grand photographe du corps de la femme (Les Jumelles), il est également célèbre pour ses photographies de tatouages (1973-1974). La série Fine Day qui montre des portraits en couleur d’hommes politiques en plein discours, souvent photographiés aux pires moments de l’expressivité grimaçante de leurs visages, est encore peu connue en Europe.