Édouard Boubat

Premières neiges - Jardin du Luxembourg - Paris, 1955
Premières neiges – Jardin du Luxembourg – Paris, 1955

Le photographe des «instants privilégiés»

C’est la forte image de marque justement acquise par mon ami Édouard, parcourant le monde d’une extrémité à l’autre, son vieux Leica dans la musette.
Ni les guerres, ni les séismes n’ont en effet spécialement sa faveur; par contre, il tient à témoigner des autres moments de l’existence qui marquent le sacré dans la vie ou la mort.
Le TRAVAIL humain, si dégradé dans le monde moderne, reprend avec ses images sa mystérieuse grandeur, l’homme s’avance grave ou joyeux, appliqué à ses travaux comme à une liturgie, pour avoir droit ensuite à goûter la joie du repos.

Ces rythmes de la vie, il nous les fait découvrir dans l’univers de l’Enfant qui fait apprentissage de sa vie d’adulte dans la famille, ce lieu de rencontre privilégiée.
La FEMME est là, bien appelée Mère: elle donne la vie et le sein… de la profondeur de sa race.
L’HOMME est là, avec à la fois sa responsabilité de Père, un peu maladroit devant « le petit » qui veut jouer avec les jouets des hommes, et aussi avec cette certitude que sa vie n’aura pas été tout à fait vaine.

L’ANCIEN est là aussi, avec aussi son univers fait de regards où s’écoulent les dernières gouttes du Temps.
Si toutes ces images ont le même dénominateur, qu’elles soient faites en France, au Portugal, au Mexique, au Japon, en Suède ou ailleurs, c’est qu’Édouard BOUBAT fait œuvre de sa certitude des « Instants Privilégiés » et c’est un enseignement dont il souhaite sans doute nous enrichir.
L’Homme moderne est distrait au point de ne pas se rendre compte de ses évolutions dans le jardin merveilleux du quotidien où il ne sait trouver que son ennui et sa révolte : bien sûr il en accuse le monde alors qu’il est le seul coupable; mais l’image photographique de BOUBAT est là pour permettre à la méditation d’approfondir ce qui est généreusement donné dans l’instant de tous les instants.
Saisie du mystère du réel, la photographie devient ainsi poésie, Merci Édouard BOUBAT

Jean DIEUZAIDE