Wynn Bullock

La Municipalité de TOULOUSE va poursuivre dans le cadre de la Galerie du Château d’Eau, le but qu’elle s’est assignée depuis longtemps : mieux faire connaître les maîtres de l’art photographique anciens et contemporains.
Un minimum de quatre expositions par an est prévu. Tous les genres seront abordés, qu’ils viennent de France ou de l’étranger, de jeunes photographes ou de moins jeunes°
Après Robert Doisneau, nous vous présentons :
WYNN BULLOCK, dont le nom en France bien entendu, n’est connu que des initiés.
C’est un vieux maître d’origine américaine, né à CHICAGO en I902, dont les créations permanentes illustrent encore les grands courants de la photographie créative contemporaine.
Après avoir poursuivi des études musicales à BERLIN, MILAN et PARIS, il s’intéresse aux arts plastiques ; à PARIS, découvrant à la fois les impressionnistes et la photographie il prend conscience de l’importance de la lumière et lui attribue l’essence même de la vie : c’est plus qu’il n’en faut pour être photographe.
De retour aux U.S.A., en I929, il essayera de se dissuader de ce penchant pour finalement en faire sa carrière : en I937, WYNN BULLOCK suit les cours de l’Art Center School à LOS ANGELES, avec Edward Kaminskie
II se débarrasse très vite des notions techniques et montre une totale indépendance d’esprit, préjudiciable même à sa scolarité. Sa forte personnalité joue en sa faveur et lui permet de mettre aux point divers procédés photographiques et scientifiques, dont certains seront brevetés.
Sa rencontre avec Noholy Nagy l’influence assez profondément dans le domaine de la communication. Se servant toujours de cette lumière qui lui a fait aimer la photographie, il l’utilise maintenant pour des distorsions, des solarisations et tente d’aller au-delà des formes conventionnelles d’Expression.
Il n’y trouve pas finalement les satisfactions qu’il en attend : ses créations sont intéressantes soit, mais elles n’atteignent pas la communication au degré recherché. Notre homme a une autre sensibilité ; celle de ses 25 ans est toujours présente et elle rencontre inévitablement celle de Alfred Stieglitz et surtout celle d’Edward Weston : une profonde amitié unit les deux hommes et WYNN BULLOCK en ressent une sorte de libération intérieure, une joie de vivre, presque une philosophie°
Il considère dès lors le réalisme de Weston, fidèle à la “Straight Photography” comme un argument de création ; c’est l’espace, l’évasion vers les bois, les montagnes, les rivières et la mer, découpés par la lumière et façonnés par le temps.

Nous sommes en I95I :
Laissons WYNN BULLOCK nous définir sa conception de ce qu’il appelle le concept “Espace-temps” et sa relation vitale avec l’expérience de la prise de vue pour une communication.
“La caméra n’est pas seulement un élargissement de l’œil, mais du cerveau. Elle voit plus loin, plus près, plus lentement ou plus vite, plus incisivement que l’œil. Elle perçoit la lumière invisible. Elle voit le passé, le présent et l’avenir. Au lieu de ne reproduire que des objets visibles, la caméra peut être représentée, selon moi, comme une possibilité de rendre l’invisible perceptible à l’œil”.
“Mes seconds plans que je préfère naturels sont des paysans intacts ou de vieux bâtiments abandonnés, presque en ruine. Dans un tel environnement, hommes, arbres, fougères et fleurs proposent les degrés du développement du devenir et du passé les plus variés° A mon sentiment, ce ne sont pas de simples objets, mais des évènements à l’intérieur du temps et de l’espace. Et comme tout ce que je vis est évènement, mes images doivent aussi représenter des évènements. Je refuse la conception selon laquelle la photographie se contente de “mettre en conserve” l’évènement parce qu’il fixe des états momentanés.
“La photographie ne se contente pas de fixer ce que perçoit l’œil physique. Elle retient aussi ce que voit l’œil de l’esprit. Elle est capable de nous faire prendre conscience de l’évènement espace-temps”.

“Je crois notre capacité de connaissance intuitive plus grande que notre capacité de compréhension. Nous éprouvons avant de comprendre, et la nature dans un sens étendu signifie pour moi davantage que l’intelligence spécifiquement humaine. La réalité est pour moi le connu, ce que l’intelligence perçoit° L’Etre est l’inconnu° Je fais l’expérience de la réalité. Je crois à l’Etre à Ses signaux, lumière et son, toutes ses autres manifestations extérieures parviennent à mes organes sensoriaux Si je réussis à photographier de manière à créer simultanément un sentiment pour le connu et pour l’inconnu, j’ai alors atteint ce que je recherche”.
“La lumière possède une grande force psychologique, parce qu’elle est cachée profond dans les recoins les plus secrets de notre inconscient et presque identique à notre expérience espace-temps. Sans la lumière, pas d’espace, pas de vraie capa cité de ressentir l’espace, sinon l’espace psychologique seulement, qui est noir de par sa nature”.
“Le réalisme photographique est une expérience visuelle dirigée sur l’objet. Il dépend de la perspective de l’œil, de l’acuité des détails et de la fidélité au ton. Sa force la plus grande réside dans le fait qu’il reproduit exactement le monde objectif qui nous entoure. Sa faiblesse la plus grande, en revanche, réside dans le fait qu’il attache trop de poids aux qualités physiques des objets. Un objet Est, 5
“Mon intérêt à déterminer clairement la différence entre ce que nous nommons réalité et ce que nous appelons Etre provient de ma préoccupation intérieure des mystères de l’existentialité des choses. Dans ce domaine, mon intuition me permet d’aller beaucoup plus profond que cela ne me serait possible au moyen de mon intellect. Je sais la force de la connaissance abstraite, mais je m’en méfie parce qu’il appartient à l’insatiable nature humaine de tout réduire en formules et en absolutisme non réaliste”. (Traduit du livre sur Bullock, édité par Scrim Shaw Press)
Dès I967, il renonce à la photographie commerciale pour se consacrer à la création et à l’enseignement au San Francisco State College et à l’institut of Design de Chicago.
L’exposition que nous vous proposons aujourd’hui est composée :

I) – de 25 photographies réalisées entre les années I95I et I962, et rassemblées par la “George Eastman House”.
2) – de I2 photographies appartenant aux remarquables collections de la Bibliothèque Nationale et qui viennent heureusement compléter ce choix.
Nous remercions les Services Culturels de l’Ambassade des Etats-Unis, et très spécialement Monsieur GATHERON, Délégué aux Affaires Culturelles, de nous avoir permis de faire plus ample connaissance avec l’œuvre de WYNN BULLOCK.
Monsieur DENNERY, Directeur des Bibliothèques et de la Lecture Publique, a bien voulu autoriser la présentation des documents appartenant à la Bibliothèque Nationale. Nous lui exprimons notre très spéciale gratitude ainsi qu’à Monsieur LEMAGNI, Conservateur au Cabinet des Estampes à la Bibliothèque Nationale, qui ont facilité pour nous toutes les formalités et nous ont fait profiter de leur aide et de leurs compétences.
Notes – Sont à citer les Expositions suivantes
exposition individuelle au Los Angeles Art Museum, à Los Angeles, en Californie, I940 Family of Man, Museum of Modern Art, I955 ; exposition “Fifty Years of American Photography” 9 exposition individuelle au De Young Museum, à San Francisco, en Californie, I958 ; exposition individuelle à la George Eastman House, à Rochester, New York, I958 ; exposition individuelle à la Fédération des Arts, à Prague, en Tchécoslovaquie, I958 ; exposition individuelle à la Princeton University, à Princeton, New Jersey, I959. Des œuvres de Wynn Bullock figurent dans les collections permanentes du Museum of Modern Art, de la National Gallery of Art à Washington, de la Bibliothèque Nationale à Paris, entre autres.

http://wynnbullockphotography.com/