Arthur Tress

Exposition novembre 1974
Exposition novembre 1974

C’est à l’activité débordante de Maurice Rouquette, Conservateur des Musées d’Arles, à la ferme et opiniâtre résolution de Lucien Clergue, dont le seul souci est de faire admettre officiellement la photographie en France comme elle est admise et reconnue partout dans le monde, que nous pouvons vous présenter une partie de l’œuvre d’Arthur Tress et de George A. Tice, exposées au cours du Festival d’Arles 1974.
Ces échanges vont désormais se multiplier dans le Midi de Bordeaux à Toulon en passant par Toulouse et Arles où ils ont pris leurs racines grâce à Lucien Clergue : nous l’en remercions profondément.

Nous devons la présence de l’œuvre d’Arthur Tress en France, à l’Académicien Goncourt Michel Tournier, membre du Comité Artistique du Festival d’Arles : “Tout a commencé il y a environ deux ans, un peu après la parution aux États-Unis de mon roman ” Le Roi des Aulnes nous dit Michel Tournier dans “l’Œil”. J’ai reçu une lettre de ce photographe, pour moi inconnu : “d’après votre livre, me disait-il, vous devriez aimer mes photographies”, suivait un paquet de tirages ; j’ai été choqué, ébloui, prodigieusement intéressé.”
Pour ma part, j’ai été amené à présenter Arthur Tress, aux étudiants de l’atelier de travail du mois de Juillet en Arles.
Les seules photographies que je connaissais de lui, se trouvent dans un livre qui lui est consacré “The Dream Collector” et j’imaginai: avant de le rencontrer, sans pouvoir cependant m’y résoudre, un homme angoissé, inquiétant, fuyant, pas nécessairement grandi par sa tristesse ; or j’ai trouvé une petite tête ronde bouclée, sympathique ; derrière de grosses lunettes ses yeux rouges étaient sans arrêt en mouvement, comme pour ne rien laisser perdre des possibilités de repartir au plus vite vers leur royaume ; le tout sur un corps frêle, presque un corps d’enfant, vêtu sobrement de pulls de teinte violette ; le garçon était très ouvert, tiré à quatre épingles comme son éducation et sa gentillesse, seule le trahissait une petite voix grave faisant des efforts louables pour s’exprimer en Français. Il photographiait son ombre en toutes circonstances et les quelques photographies qu’il nous a montrées de cette nouvelle recherche, nous ont bien remis sur la voie parallèle de “The Dream Collector”.

C’est bien là l’étrange connivence qui s’établit entre un photographe et le climat psychologique dans lequel il opère : cette réalité lui fournit spontanément des images qui lui ressemblent et donc qui se ressemblent entre elles et dans lesquelles nous ne pouvons faire autrement que de pénétrer de plain-pied : avec Arthur Tress, dès que nous nous abandonnons nous nous surprenons nous aussi à repenser aux rêves de notre enfance.

Entrer dans le monde des rêves…. le monde des enfants, c’est donc entrer dans le monde d’Arthur Tress.
Est-il monde plus fascinant, bizarre, touchant, effrayant, magnifique bien sûr, que celui des enfants ? Qui de nous enfant et même adulte n’a pas été effrayé par un cauchemar, obsédé par une chimère, inspiré par un rêve ?

Ayant eu la chance de bavarder avec lui et de voir son œuvre, on saisit combien mieux que quiconque, il comprend les enfants et le monde de leur imagination.
Magnétophone en bandoulière, Hasselblad 500 avec objectif de 40 mm sur la poitrine, il enregistre les rêves d’enfants d’âges différent la rencontre est dans la rue, sur les terrains de sports, à l’école ou même à la maison, mais parfois sans porte…. puis les enfants deviennent les acteurs de leurs propres rêves, Tress les “emprisonne” sur sa pellicule et l’irréel devient réel. Les moments à la fois les plus doux et les plus effrayant des chères têtes bouclées sont capturés pour mener les adultes là où ils ne sont pas admis, afin peut-être aussi de les faire réfléchir.
John Minahau a rassemblé les images de “Dream Collector” que nous vous présentons aujourd’hui ; dans sa préface nous pouvons lire : “Ainsi le but des photographies de Tress est de montrer comment l’imagination créative de l’enfant transforme constamment l’existence en symboles magiques pour exprimer des sentiments ou des états d’âmes. Comme les enfants Arthur Tress, n’a pas encore perdu la capacité de s’émerveiller, de ” “voir l’invisible, de rêver en plein jour. Il n’a pas encore tiré une ligne entre l’illusion et la réalité.

Vous ne serez pas étonné de savoir que né en 1940 a New-York, il passe une difficile et malheureuse enfance dans une atmosphère d’anxiété permanente.
Très jeune, Arthur Tress s’intéresse vivement aux arts graphiques, la peinture, sculpture et photographie et fut profondément influencé par l’étude des différentes cultures et par la philosophie.
Arthur Tress commence son tour du monde. Paris où il étudie la mise en scène, l’Espagne, l’Égypte et l’Italie. Il passe une année au Mexique pour étudier’ la peinture et l’Espagnol et photographier les différentes tribus indiennes et Maya, En Californie, il peint et photographie les bidons-villes abandonnés le long de la côte nord. Il parcourt l’Asie, s’intéressant aux compositions florales et au jardinage du Japon, en Thaïlande où il vit dans un monastère bouddhique, en Inde dans des villages de pêcheurs. Après la Suède, il se rend en Afrique pour préparer une série de courts métrages sur la culture, la religion et la vie quotidienne. Puis il revient à New–York où il travaille pour le magazine “Vista”, et expose en 1971 une série de photographies sous le titre “Espace libre au cœur de la ville” dos t la critique fracassante et le succès auprès du public ont contribué â rendre Arthur Tress célèbre dans les cercles artistiques.