Le
Château d'Eau présente, pour la première
fois en France, une exposition importante de Tom
Wood, du 6 avril au 15 mai 2005. Elle marque l’aboutissement
d’une errance photographique de plus de 20
ans qui avait pour cadre Liverpool et qui permit à ce
photographe d’affirmer une écriture
foisonnante et singulière.
Elle est l’occasion de la publication d’un
livre rétrospectif par les Éditions Steidl
qui couvre une œuvre débutée à l’aube
des années 70.
D’origine Irlandaise, Tom Wood a fait de Liverpool,
sa ville d’adoption, le cadre de ses interrogations
photographiques. Pendant vingt ans, cette ville fut
l’objet, le sujet et le prétexte d’une
pratique photographique où se télescopent
expériences de vie, recherches visuelles et
démarche documentaire.
À l’opposé d’une certaine photographie
contemporaine qui nous représente l’univers
urbain vidé de ses habitants, il retrouve les
accents de la «street photography» pour rendre
compte de l’état psychique d’une ville
marquée par les derniers chambardements économiques
et sociaux de la révolution post-industrielle.
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Livre "Photieman",
Ed. Steidl
220 p.,
48€ |
Ainsi,
rien de sensationnel, de fantastique ou d’extraordinaire
dans le travail de ce photographe mais des images saisies
au raz du quotidien, traces de moments furtifs plus
que décisifs, et qui en alternant noir et blanc
et couleur nous dresse un portrait d’une ville
habitée : Liverpool. Il photographie les classes
populaires dans les bars, les bus, les restaurants,
dans les rues de ces quartiers périphériques
de la ville, là où les maisons détruites
ne sont plus reconstruites et où les terrains
vagues marquent le paysage urbain. Avec tendresse,
il capte ces regards parfois hagards, perdus dans le
stress du quotidien mais le plus souvent complices,
face à l’objectif de celui qui ne les
photographie pas comme des spécimens mais partage
leur univers et leur vie.
Mais
ce qui frappe, c’est la manière dont Tom Wood
s’affranchit des contraintes d’un style linéaire.
Inventant une esthétique du temps faible, il trouve
le sien dans la liberté de son regard et le revendique
dans une profusion de propositions visuelles. Images posées
comme images saisies au vol, citations comme formidables
inspirations, hésitation comme virtuosité,
standards retrouvés comme fulgurantes trouvailles,
composent un langage qui développe un rythme propre
entre émotion plastique et témoignage social. Jean-Marc
Lacabe
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