Depuis
1992, Croatie, Bosnie, Tchétchénie,
Afghanistan, Sierra Leone, Liberia, Côte d'Ivoire
ou Irak ont été les principales destinations
d'Olivier Jobard, photographe pour SIPA Press.
Comme beaucoup de ses confrères, il participe à cette
cartographie tragique de notre réalité globale
que la photographie ne cesse de dresser, en fixant par l'image
la mémoire des zones les plus exposées aux bouleversements
géopolitiques contemporains. Pourtant c'est en France, à Sangatte
en l'an 2000, qu'il est saisi par la nécessité profonde
de dévoiler plus que les signes extérieurs des
conflits, plus que les instants de la guerre : la souffrance
des populations et, malgré les terribles séquelles,
les espoirs que suscitent alors d'autres contrées plus
privilégiées, le nouvel Eldorado que représentent
nos sociétés occidentales. Ses images se distinguent
alors car elles expriment une sensibilité qui fait la
force d'un engagement individuel tourné vers les plus
faibles, vécu au plus près de ceux menacés
par la folie des autres, jusque dans la pénible expérience
de l'exil.
Qu'ils accompagnent le carnet de voyage de Kingsley dans son
périple illégal depuis le Cameroun jusqu'en Europe
ou qu'ils restituent aussi la propre " clandestinité " de
leur auteur, impliqué, de Falloudja au Darfour, jusqu'aux
marges de sa démarche professionnelle, les reportages
d'Olivier Jobard ne se contentent pas d'une immédiateté spectaculaire.
Ils s'inscrivent dans la durée, le photographe n'hésitant
pas à revenir plusieurs fois vers ses sujets dans la recherche
d'un propos abouti.
Des neiges glacées des Balkans au feu du désert
du Soudan, ou encore dans un esquif de fortune luttant dans les
vagues de l'océan Atlantique, ces clichés traduisent
des qualités plastiques comme rhétoriques dans
un véritable équilibre, et ils contribuent à donner
une puissance à leur témoignage parce qu'ils sont
tout à la fois le résultat d'une sincérité non
feinte et la garantie d'une exigeante objectivité.
Peut-être parce qu'Olivier Jobard a retenu la leçon
de William Eugène Smith, l'un des " pères " du
photo-reportage, cette approche du métier lui a valu d'être
récompensé à plusieurs reprises ; notamment
en 2004 où il fut lauréat du Prix CARE International
du Reportage Humanitaire pour son travail sur les réfugiés
du Darfour et du "Visa d'or News " pour son reportage
sur la frontière tchado-soudanaise lors du XVIeme festival
international " Visa pour l'Image " de Perpignan. Il
a également reçut la même année le
Grand Prix Paris-Match pour Traversée clandestine, sujet
pour lequel il accompagna un groupe de migrants qui traversaient
l'océan Atlantique.