Jean-Claude Belegou, la revanche de la chair

1 juillet au 13 septembre 2009

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Belegou

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Voir l'interview vidéo de Jean-Claude Bélégou >> http://www.dailymotion.com/chateaudeau_toulouse
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Le Château d’Eau présente un parcours complet de Jean-Claude Bélégou sur les oeuvres des années 2000-2005 comprenant les séries  : Le sexe des anges, Passagères, artiste & modèle(s), l’évidence du corps, le déjeuner sur l’herbe. 
Dans un monde désincarné et hyper technicisé, aux discours volontiers néo-structuralistes (évacuation de l'humain, de la chair, de la subjectivité) les photographies de Jean-Claude Bélégou depuis 2000 sont dominées par un pessimisme radical, donc tragique et dionysien, que son retour au moyen format couleurs de ses débuts rend plus que jamais marqué par l'héritage de l'histoire de l'art et la préoccupation du "tableau" conçu comme objet, non de communication (pour la communication il y a les media) mais de contemplation et de méditation. 
Dans une relative clôture, avec une grande liberté d'esprit, refusant toute instrumentalisation idéologique de l'art, il poursuit ses travaux en photographie argentique couleur numérisée, dans une esthétique plasticienne aussi soucieuse de l’héritage de l‘histoire picturale que de celui de l’histoire de la photographie, oeuvre charnelle marquée dans sa forme par un certain naturalisme toujours préoccupée d'une quête de l'intime, c'est-à-dire du sentiment et de la pensée les plus intérieurs des êtres et des choses qui lui sont proches. 

Les Paradis Perdus 2000 / 2005
La série reprend le travail de l’artiste sur son territoire, territoire par lui bâti et façonné, et il y poursuit sa quête d’un paysage intime et habité, mais là où le Territoire était dans une mélancolie et une âpreté, les Paradis Perdus se veulent l’image idyllique et inconcevable d’un Eden à tout jamais perdu.
La série a été débutée en même temps que l’Evidence du corps et Zones, elle a été montrée et éditée en même que l’Evidence du corps. Les Paradis Perdus sont les illusions perdues. Série enchantée mais désenchantée.

L’Evidence du corps 2000/2002
Je cherche à ne pas travailler dans la surface des choses mais dans leur profondeur, à ne pas m'intéresser qu'aux formes et aux couleurs, mais aussi à ce qui constitue les choses, leur chair, émerge de leur intériorité physique : leurs matières. Il faut être physiquement au plus près de son sujet jusqu'à être immergé dedans ou le toucher. La photographie ne doit pas être seulement affaire de regard et n'être que point de vue extérieur aux choses. Il me semble qu'il faille travailler avec l'intelligence mais aussi avec l'émotion, ce qui anime et fait bouger, ce qui se meut devant la sensualité de la matière. Je cherche encore à viser l'intimus ce qu'il y a de plus intérieur, à bannir la superficialité, à me situer face à un modèle dans la perspective d'une intersubjectivité, on doit sentir la conscience. Fuir en conséquence l'anecdotique.

Photographier c'est donc toujours soustraire, le réel est toujours en surabondance. Eliminer et choisir par la mise au point (rejeter dans le flou, amener sur le plan de netteté), par la lumière (rejeter dans l'ombre, amener dans les hautes lumières), par le cadre (s'approcher, aller à l'essentiel, rejeter hors champ ce qui n'est pas nécessaire). Enfin, il faut éliminer et choisir par la perspective, en creusant ou en ramenant au plan, sans craindre de frôler l'illisibilité immédiate. Ne pas oublier qu'une image n'est toujours au fond qu'un plan, c'est aussi par le plan de mise au point, les hautes lumières, le cadre que l'on construit sa perspective et pas seulement par l'optique. Photographier c'est soustraire.

Le Déjeuner sur l’herbe 2001/2004
Quelque part entre le Déjeuner sur l’herbe (on pense au Girogione revu par Manet revu par Picasso, etc...) et les grandes baigneuses (Cézanne, Auguste Renoir) ou Une partie de campagne de Jean Renoir. Mais la photographie n’est pas de la peinture : matérialité et naturalisme photographiques. Une série sur le bonheur, la jouissance de la chair, de la lumière, de la chaleur, de l’herbe... Hors de la souffrance, hors de l’ennui, il n’y a guère que la jouissance. Retour à la mythologie : le Printemps de Botticelli, Apollon et Dionysos, les centaures de Picasso. Mais une mythologie moderne.

Avec le Déjeuner sur l’herbe il s’agissait de poursuivre le travail sur le corps, il vaudrait mieux dire la chair, cette chair qui est habitée, jouit et souffre, cette chair qui ici se donne, s’offre à la fois à la vie, au bonheur, au végétal, à la terre et au ciel, à la lumière, et à la fois à la photographie preneuse de lumière.    

C’est vraissemblablement le série la plus heureuse que j’aie jamais faite. Et comme toutes les oeuvres de bonheur, car il s’agit bien d’images de bonheur, celles-ci s’est faite dans le tourment le plus complet.
Toute la série est faite en extérieurs, au plein soleil, trois étés de 2001 à 2004, avec une myriade de modèles, toutes jeunes filles ou jeunes femmes, dans la diversité de leurs personnalités, de leurs corps, de leurs modernités, réalisée entierement ici dans la clôture des jardins. Depuis dix ans, si on excepte le travail sur le paysage industriel fait dans les environs immédiats et aussi les antipodes, je ne sors plus de cette clôture.

Evidemment comme dans le Déjeuner sur l’herbe de Manet, on ne mange pas, ou si peu : on lit, on sommeille, on se baigne, on se douche, on court, on joue, on saute...
Et les fruits seulement surgissent par instants.
Dans le même temps, comme pour chaque nouvelle série, il y avait pour moi encore un nouveau défi, un nouvel enjeu : celui de travailler sur des compositions de groupe avec plusieurs modèles simultanément. Ce fut un grand travail et une profonde satisfaction que cette nouvelle expérience formelle de l’occupation de l’espace de l’image.
On ne le dira jamais assez les vrais problèmes de l’art sont des problèmes de formes... De vie des formes. Le restant, hormis cette question insoluble du rapport à la réalité et du réalisme, est finalement assez anecdotique.

Le sexe des anges 2001 - 2004
Je photographie les “terribles passions humaines”, je les photographie en moi. Je photographie le sexe des anges. “Trop intime” me disent mes contradicteurs. C’est comme si ils disaient “Demeurez superficiel !”. Trop intérieurs, trop en dedans des choses, de la chair, de la conscience, du désir; c’est comme s’ils disaient “Distrayez-nous de la réalité des choses” ou “Tenez-vous en aux apparences, ne déshabillez pas la réalité”. “ Ne la mettez pas à nu, elle nous fait honte à voir!”.
Ils préfèrent les figures abstraites, elles leur sont moins compromettantes. Ils ne peuvent pas même regarder un sexe en face, ils ne peuvent pas regarder le désir en face tandis qu’ils ne sont que cela, ne parlent que de cela.
Ils veulent demeurer aveugles.

Passagères 2004
Il y avait les pièces du rez-de-chaussée que j’étais en train de repeindre savamment, les contrastes et harmonies de vert et de rouge, de jaune et de bleu, et il y avait sur le buffet deux livres ouverts sur des reproductions de Marcella de Kirchner, de Vermeer, et parfois de Mondrian. Egalement un peignoir que j’avais choisi parce qu’il était orange et rouge. Il y avait E., longue, un peu éthérée, qui venait souvent poser cet été-là et l’idée de la faire flotter dans l’espace dépouillé, et un peu vide de la maison, dans ces harmonies de couleurs, dans sa robe bleue, dans le peignoir orange...

Artistes et modèle(s) 2004
Reprenant le travail d’autoportrait commencé avec Visages puis Erres dans les années 90, mais aussi le travail sur la relation au modèle abordé dans le corps à corps dans les années 80, la série Artistes & modèle(s) interroge l’un des fondements de l’histoire de l’art comme celui d’une longue tradition picturale.Si dans la peinture l’artiste re-présente le modèle, dans la photographie l’artiste prend l’empreinte du modèle sur la surface sensible. Toute photographie suppose un avoir été-là une confrontation au réel, toute photographie est corps à corps, emprise avec le réel. Le travail de Noir Limite en 1988/89 Corps à corps était aussi un travail sur le photographique lui-même. Mon choix de travailler avec ma main sur le corps du modèle, sur l’étreinte n’obéissait pas seulement à la volonté de rendre compte de l’intérieur de cette étreinte, c’est à dire du point de vue d’équivalences visuelles de la sensation et de la subjectivité et non d’un point de vue extérieur, mais aussi de cette volonté de reposer la question de l’immersion dans le réel photographié, toute prise photographique est immersion dans le réel, il faut avoir été la, s’y être frotté.

La photographie est donc éminemment compromettante. Et éminemment physique. De la prise photographique à la prise amoureuse, même symbolique, il n’y a pas d’écart fondamental.

Le projet Artiste et modèle(s) doit être ce qu’on appelle le projet d’une mise en abîme, puisque le modèle joue à être le modèle et l’artiste à être l’artiste, mais ils sont effectivement le modèle et l’artiste... Si il y a prise, il y a de l’autre côté, du côté du modèle, offrande. Celle-ci est possible puisque le moment de la prise de vues est celui d’une fiction. Du jeu sans enjeu autre que l’oeuvre.

Il est représenté depuis 2001 à Paris par la Galerie Pierre Brullé. 

Pour en savoir plus >> http://www.belegou.org

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Exposition ouverte du mardi au dimanche de 13.00 à 19.00 - fermé le lundi